Les opérations aéroportées (première partie)

Voici la première partie de notre dossier sur les opérations aéroportées.

Pour que l’opération Neptune puisse réussir, il faut verrouiller les accès par lesquels les renforts allemands pourraient arriver jusqu’aux plages du débarquement : c’est donc l’objectif des opérations aéroportées: s’emparer des villages, des ponts et autres points névralgiques menant à la zone d’assaut.

Comme pour l’ensemble de l’opération Neptune, il y a deux secteurs: l’américain à l’ouest : opérations Albany et Boston, le britannique à l’est : opération Tonga.

Insigne de la 82e Airborne, les "All American"Côté américain on trouve les 101e (“Screaming Eagles”) et 82e (“All American”) Divisions aéroportées. La 101e “Airborne“, commandée par le Général Maxwell Taylor (qui deviendra après la guerre conseiller spécial du Président Kennedy puis ambassadeur des USA), secondé par le Brigadier Général Don Pratt, comporte trois régiments de parachutistes (les 501e, 502e et 506e). La 82e, commandée par le Général Matthew Ridgway, secondé par les Généraux Gavin et  Howell, comporte également trois régiments de parachutistes (505e, 507e, 508e). Chaque division possède en outre un régiment d’infanterie, transporté par planeur, de même que des éléments d’artillerie, et un bataillon du génie.

Côté britannique, une seule division, la 6e, commandée par le Général Richard Gale, et dont l’emblème est Pégase, ce qui vaudra au pont de Bénouville d’entrer dans l’histoire sous le nom de Pégasus Bridge (le pont de Bénouville enjambe le canal de Caen à la mer, celui de Ranville, à quelques centaines de mètres, et qui lui enjambe l’Orne, sera ensuite baptisé Horsa Bridge, du nom du modèle de planeur ayant amené les soldats). Elle est formée elle aussi de brigades parachutistes (3e et 5e « Parachute Brigade », 6e “Airlanding Brigade“ et de plusieurs unités divisionnaires où l’on retrouve également des éléments du génie, d’artillerie, etc…

La façon de procéder est la même: les parachutistes d’abord, puis les renforts et les éléments plus lourds (artillerie, blindés entre autres) en planeur. Le largage des paras s’effectue à basse altitude (moins de 100 mètres), sous les tirs de la Flak allemande (DCA). Il fait nuit, ce qui rend les hommes moins vulnérables, mais ne facilite pas leur repérage. Lorsque les appareils décollent (près de 1100, essentiellement des Dakotas américains), l’État-major s’attend à de lourdes pertes.

Insigne de la 101ème Airborne, les Screaming EaglesDe fait, à l’ouest, l’opération n’est pas loin de tourner au désastre: nuages bas, brouillard, DCA allemande perturbent les pilotes des Dakotas : pour la 101e, seuls 38 des 128 avions transportant les éclaireurs (les “Pathfinders“ qui ont pour mission de sauter les premiers pour baliser le terrain permettant de procéder ensuite au largage de masse) atteindront leur objectif. La vague qui suit va donc s’éparpiller : certains atterrissent à 30 kilomètres de leur objectif, d’autres se noient dans les marécages…

 Les photographies des emblèmes des 82ème et 101ème division aéroportées viennent du site de l’association Foutues Haies 44.

Pour continuer la lecture, voici la suite de notre dossier avec la deuxième partie et la troisième et dernière partie du dossier sur les opérations aéroportées.

Les opérations aéroportées (deuxième partie)

Voici la suite de notre première partie sur les opérations aéroportées.

stèle Sainte-Mère-l'Église…Quand la première vague de planeurs arrive, vers 4 h, ce n’est guère plus brillant: 10 % seulement se posent à l’endroit prévu. Le Général Pratt, adjoint de la division, est tué lors de l’atterrissage trop brutal de son appareil. Pour la 82e, cela ne vaut guère mieux: seule une petite partie (notamment le 505e Régiment parachutiste et le PC de la division) atterrit au bon endroit, le reste de la division étant dispersé jusqu’à 40 km de l’objectif. Une trentaine d’hommes arrivent sur la place de Sainte-Mère Eglise, où fait rage alors un incendie : tout le monde est donc réveillé et debout, les Allemands aussi : c’est le massacre dépeint dans “Le jour le plus long“, avec le fameux épisode de John Steele, dont le parachute reste accroché au clocher. Il a la présence d’esprit de faire le mort, les Allemands le décrocheront deux heures après, une fois les combats terminés. La moitié du 507e atterrit dans les marais où les hommes, gênés par le poids du matériel qu’ils ont sur eux (jusqu’à 45 kilos !) n’ont que peu de chances de s’en sortir. De fait, avant même, ou presque, d’avoir livré bataille, la moitié de la division est hors de combat.

sculpture musée Airborne

L’émouvante sculpture du musée Airborne que vous retrouvez en plus grand sur votre droite.

Pourtant, paradoxalement, les objectifs assignés vont être atteints : l’éparpillement des soldats américains, auxquels se joignent çà et là des groupes de résistants, va désemparer les Allemands : l’ennemi est partout ! Surtout, la détermination des hommes présents sur le terrain va s’avérer décisive. La légende dorée, à travers, une fois encore “Le jour le plus long“, a retenu le personnage du Lieutenant-Colonel Benjamin Vandervoort (505e), qui, s’étant cassé le pied à l’atterrissage, (le Colonel Moseley, du 502e, s’est lui cassé la jambe) refuse de se faire soigner, et réquisitionne une charrette à bras, tirée par deux hommes qui sont d’ailleurs des égarés de la 101e, pour rejoindre les lignes de défense : un tel personnage ne pouvait être interprété que par John Wayne ! (qui avait pourtant initialement refusé le rôle, Charlton Heston étant alors pressenti). Ceux du 501e, pour leur part, réussissent à s’emparer de leur objectif, l’écluse de la Barquette, sur la Douve. Avec l’apport des renforts des vagues suivantes et le regroupement progressif des éléments dispersés, la 101e division réussit en fin de journée à contrôler tous les accès d’Utah beach. Vers 5 heures du matin, des hommes du 505e commandés par le Lieutenant-Colonel Krause prennent définitivement le contrôle de Sainte-Mère Eglise. Enfin, en contrôlant les rives du Merderet, sur lesquelles se déroulent de violents combats, la 82e elle aussi verrouille dans son secteur les accès à Utah.
Au total, dans les deux divisions, le bilan est lourd : 338 morts, près de 900 blessés, et, surtout, près de 2000 disparus

Le musée Airborne, à Sainte-Mère Eglise, retrace admirablement cette épopée. On y notera particulièrement l’émouvante sculpture : “The day they came“ (cf la photo ci-dessus).

Vous en voulez encore ? Retrouvez-vite la suite et fin de notre dossier sur les opérations aéroportées à cette adresse.

Les opérations aéroportées (dernière partie)

Suite de la deuxième partie des opérations aéroportées, en voici le troisième et dernier chapitre.

… A l’est, dans le secteur britannique, les choses se passent heureusement beaucoup mieux. A Pegasus Bridge, un groupe spécial d’assaut composé de 6 planeurs se pose silencieusement près des ponts, que les Britanniques veulent prendre intacts. La surprise joue à plein : le combat est violent, mais bref (5 minutes), les hommes du Major John Howard se rendent maîtres des ponts, qui n’étaient pas minés, à 0h21. Commence alors une longue attente jusqu’à l’arrivée des Commandos de Lord Lovat (ils arriveront à 13 h).

Café Gondrée, première maison libérée de France

café Gondrée première maison libérée de France

Le café Gondrée, la première maison libérée de France

L’anecdote retiendra que le café Gondrée, situé juste à côté, est ainsi devenu la première maison française libérée. Peu avant l’aube, le 9e Bataillon parachutiste du Lieutenant-Colonel Terence Otway (3e brigade) réussit, au prix de lourdes pertes (près de 50%), avec 150 hommes seulement sur les 750 prévus et sans appui lourd, à s’emparer de la batterie de Merville, qui tient en respect toute la plage de Sword, et à détruire, après un combat au corps-à-corps, toutes les pièces d’artillerie. Ils devront abandonner la position, que les Allemands réinvestiront 48 heures plus tard, mais, au moment du débarquement, la batterie est réduite au silence. Ce fait d’armes, avec la prise des ponts et celle de la pointe du Hoc, est considéré comme un des plus grands exploits du jour J.

Constamment harcelés, les paras britanniques (parmi lesquels évolue également un bataillon canadien) repoussent victorieusement jusqu’au soir les attaques allemandes, y compris celle de la 21e Panzerdivision. Le bilan de la journée fait état de 650 hommes morts ou blessés, sur plus de 6200 parachutés ou amenés par planeurs.

Ces opérations aéroportées (auxquelles il faut ajouter le parachutage des SAS en Bretagne – voir le dossier :   “Les Français du Jour J“) constituent les plus vastes jamais entreprises. Pourtant, bien des responsables, et notamment l’Air Chief Marshal Leigh-Mallory, adjoint d’Eisenhower dans ce domaine, n’étaient pas véritablement convaincus de leur bien-fondé. Les Allemands, de leur côté, après la bataille de Crète y avaient renoncé – ils l’avaient certes emporté, mais au prix de très lourdes pertes – et n’utilisèrent plus les paras que comme force d’appoint ponctuelle ; et côté allié, la Sicile n’avait pas contribué à dissiper les doutes. La réussite d’Albany, Boston – malgré là aussi de lourdes pertes –  et surtout de Tonga aura finalement forcé la décision pour la suite. C’est cependant la dernière fois que l’on utilisera autant les planeurs, l’amélioration des techniques de parachutage finira par les condamner.

Pour information vous retrouvez les liens vers les trois articles du site plages du débarquement à cette adresse : https://www.plagesdudebarquement.fr/les-operations-aeroportees/