Général Ridgway

Matthew Bunker Ridgway voit le jour en mars 1895 dans une garnison, à Fort-Monroe, en Virginie, où son père, colonel d’artillerie, est alors cantonné. C’est pour faire plaisir à ce dernier qu’il se présente à West Point, qu’il intègrera à sa deuxième tentative, une faiblesse en maths l’ayant ajourné la première fois. Il en sort diplômé en 1917, et y retourne comme instructeur l’année suivante, alors qu’il aurait aimé partir pour le front en Europe.

Il y restera jusqu’en 1924. On le retrouve alors à l’école d’infanterie de Fort Benning, puis commencent ses voyages pour des affectations exotiques : la Chine, le Nicaragua, les Philippines, avant un retour au bercail pour exercer diverses fonctions d’État-Major : c’est là qu’il se trouve, à l’État-Major Général, à Washington, quand les États-Unis entrent en guerre.

En 1942, il est affecté, d’abord comme adjoint, puis comme commandant, à la tête de la 82e, avec précisément la tâche de transformer cette unité d’infanterie en unité aéroportée. Il participe à la planification des opérations aéroportées du débarquement en Sicile en 1943, dans lesquelles il mène au combat sa division. Lors de l’invasion de l’Italie, la 82e est prévue pour accomplir l’opération Giant II : la prise de Rome, ce qui suppose un parachutage au beau milieu d’une zone où stationnent deux divisions allemandes : Ridgway dénonce ce plan trop suicidaire à son goût et l’opération est finalement annulée (Rome sera délivrée par voie terrestre par la Ve armée US du Général Clark et les troupes françaises du Général Juin).

Général RidgwayOn retrouve bien entendu le Général Ridgway pour la préparation et l’exécution de la partie aéroportée du débarquement : l’opération Boston pour la 82e : la mission de la division, répartie en trois forces (la A, parachutée, commandée par Gavin, la B, en planeurs, dirigée par Ridgway, et la C, par mer,  menée par Howell), consiste à s’emparer d’une zone d’un peu plus de 25 km2 autour de la rivière Merderet, à prendre le contrôle de Sainte-Mère Eglise, des routes et des ponts, notamment à La Fière et Chef-du-Pont, et d’établir une ligne de défense allant de Gourbesville à Sainte-Croix Renouf. Malgré des pertes sévères, c’est un succès.

Pertes conséquentes encore dans les semaines qui suivent, au cours desquelles la division n’est pas ménagée lors de la bataille pour Cherbourg. Fin août, Ridgway est promu à la tête du XVIIIème corps aéroporté, qu’il commandera jusqu’à la fin de la guerre en Europe, notamment aux Pays-Bas lors de l’opération Market Garden, dans les Ardennes, en Allemagne enfin. Il est ensuite envoyé sur le théâtre du Pacifique, où il termine le conflit comme adjoint de Mac Arthur.
Après avoir occupé plusieurs hauts commandements, Ridgway est nommé en 1950 à la tête de la VIIIème armée, laquelle se bat en Corée. Mac Arthur, commandant en chef du théâtre des opérations (et à qui il succèdera dans cette fonction en avril 1951), lui laisse la bride sur le cou. Ridgway remonte le moral des troupes et réussit à inverser la tendance, reprenant Séoul et repoussant les troupes chinoises et nord-coréennes au-delà du 38e parallèle.

Quand il prend, en mai 1952, son commandement suivant, Commandant suprême des forces alliées en Europe, Ridgway est accueilli à Paris par des manifestations organisées par le Parti Communiste, qui l’accuse d’avoir employé en Corée des armes bactériologiques (“Ridgway la Peste”). Cette affirmation, contestée par l’Armée US, n’a jamais pu être démontrée.

En mai 1953, il reçoit sa dernière affectation : chef d’État-Major de l’armée des États-Unis. Sondé par Eisenhower sur un éventuel engagement en Indochine aux côtés de la France, Ridgway prévoit un engagement massif, persuadé que la puissance aérienne, voire nucléaire, ne dispense pas de forces au sol pour contrôler territoires et populations. Eisenhower (qui ne partage pas ce point de vue), renonce alors à intervenir. Les désaccords entre les deux hommes se multiplieront – il en sera de même avec le successeur à ce poste de Ridgway – son ancien chef d’État-Major, Maxwell Taylor bien que Ike ait fait une fleur à Ridgway en repoussant l’âge de la retraite pour qu’il puisse rester en poste et terminer son mandat. Il quitte le service actif en juin 1955.

Sa retraite n’est pas inactive : auteur, conférencier, administrateur de sociétés, c’est un conseil qui fait autorité en la matière : le Président Johnson le consultera sur l’engagement au Vietnam, dans lequel Ridgway (nous sommes alors au début de 1968) mettait en garde contre une éventuelle escalade.

Il est décédé chez lui, à Fox Chapel, dans la banlieue de Pittsburgh, à l’âge respectable de 98 ans, en 1993, et est enterré au cimetière d’Arlington.
Colin Powell, qui fit son éloge funèbre, dira de lui : “Aucun soldat n’a jamais accompli son devoir mieux que cet homme. Aucun soldat n’a jamais défendu son honneur mieux que cet homme. Aucun soldat n’a jamais aimé son pays plus que cet homme ne l’a fait. Chaque soldat américain a une dette envers ce grand homme.”

Il avait publié peu après sa retraite son autobiographie : “Soldat: les mémoires de Matthew B. Ridgway”.

Sa page Wikipédia d’où vient la photographie

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