Général Montgomery

L’ordre de bataille et les forces d’assaut anglo-canadiennes

Nous allons vous parler ici de Bernard Law Montgomery mais avant cela, nous avons choisi la page qui lui est consacrée – eu égard à son grade de Commandant du 21e groupe d’armées – pour héberger l’infographie qui suit et qui vous permettra de vous représenter le rôle de chacun au sein de l’ordre de bataille anglo-canadien sur les plages du débarquementNB : Il vous est possible d’agrandir l’image simplement en cliquant dessus (cliquez sur le bouton précédent de votre navigateur web pour revenir ici).

infographie explicative des forces anglo-canadiennes

Le Général Bernard Montgomery

Bernard Law Montgomery naît à Londres en Novembre 1887. Quatrième enfant d’une famille de neuf, il a pour père un pasteur anglican qui, en 1889, accède à l’épiscopat, en étant nommé… en Tasmanie. C’est donc là que le futur vicomte d’El Alamein, entre un père qu’il ne voit pas souvent et une mère autoritaire dont il devient vite le souffre-douleur, passe son enfance. En 1901, la famille est de retour à Londres, et celui qui héritera bientôt du surnom de “Monkey” (Singe) fait connaissance comme ses frères avec le collège anglais. Hormis en sports où il excelle, les résultats ne sont pas fameux. A vingt ans, en 1907, il intègre pourtant  l’académie royale militaire de Sandhurst, à un rang assez modeste (72e sur 170). S’il s’y affirme comme un leader naturel, son caractère turbulent lui vaut des sanctions. Il ne sortira sous-lieutenant qu’en septembre 1908, deux mois avant de rejoindre l’armée britannique aux Indes, où il restera jusqu’en 1913.

Il découvre l’épreuve du feu en 1914. Grièvement blessé et même laissé pour mort près de Méteren (Flandres françaises), il est rapatrié en Angleterre et, une fois guéri, revient en France comme officier d’État-major. Là, il prend conscience des manques et de l’impréparation d’une armée qui, comme la nôtre, découvre brutalement que ses conceptions héritées du siècle précédent ne sont plus de mise. Après avoir participé à la bataille de la Lys et à celle du Chemin des Dames, il termine le conflit comme lieutenant-colonel, chef d’État-major de la 47e Division.

général MontgomeryL’après-guerre le voit d’abord commandant de brigade pendant la guerre civile irlandaise, durant laquelle il s’efforce de demander à ses hommes un comportement de combattant, loin des exactions auxquelles se livreront certaines unités. Ce sont ensuite l’Égypte, l’Inde, la Palestine, avant le retour au bercail en 1939. Le déclenchement du conflit le trouve à la tête de la 3e Division d’Infanterie, déployée dans le Nord-Pas de Calais. Là, il fait hélas un constat comparable à celui de 14/18 quant à l’improvisation dont a fait preuve le haut commandement, en retard d’une guerre. Lorsque la Wehrmacht déclenche les hostilités en mai 1940, la Division de Montgomery tient le choc honorablement, et réussit son Opération Dynamo (l’évacuation de la poche de Dunkerque).

Le caractère, le franc-parler et les prises de position de Bernard Montgomery ne lui valent pas que des amis au sein du War Office. En Juillet 1940, sa rencontre avec Winston Chruchill marque le début d’une amitié – et d’un appui – dont il aura bien besoin par la suite.

En août 1942, c’est l’arrivée à la tête de la 8e Armée, en Afrique du Nord, là où va s’écrire la légende. Au printemps de cette année-là, pendant seize jours, les Français Libres du Général Koenig ont arrêté, de façon inattendue, les forces italo-allemandes, pourtant supérieures en nombre dans la proportion de 1 pour 12, sans compter leur écrasante supériorité matérielle. Bir-Hakeim a permis aux forces britanniques de se replier en bon ordre, et aux renforts d’arriver à temps. Lorsque Rommel reprend l’initiative, fin août, à Alam Halfa, Montgomery le stoppe, l’obligeant au repli, mais ne le poursuit pas. Le tournant décisif sera la 2e bataille d’El Alamein, fin octobre, à partir de laquelle les forces de l’axe ne cesseront plus de perdre du terrain. On retrouve celui que l’on surnomme désormais “Monty” à la tête de la 8e Armée lors du débarquement en Sicile de 1943. Ses divergences de vues avec les chefs américains, Patton et Bradley notamment, l’incitent à se retirer du commandement de l’opération en décembre.

On le retrouve dès lors en 1944 au commandement du 21e groupe d’armées, qui regroupe toutes les forces terrestres qui débarqueront sur les plages de Normandie. C’est là, en tant qu’adjoint d’Eisenhower, qu’il convaincra ce dernier d’amplifier le dispositif initialement prévu, en allongeant le secteur de débarquement de 55 à 90 km, et en passant à six le nombre de divisions d’infanterie déversées sur les plages.

Son rôle dans la bataille de Normandie est beaucoup plus sujet à caution : on lui reprochera une prudence excessive, un retard certain dans la prise de Caen (prévue dès le 6 juin au soir, intervenue le 21 juillet !), une volonté de vouloir harceler jusqu’aux plus petites unités allemandes, quand, à l’inverse, côté américain, un Patton emportait avec lui tout ce qui se trouvait devant ses blindés. Promu Maréchal le 1er Septembre, Monty réussit à imposer à “Ike” (à contre-cœur, et malgré l’avis opposé de Patton et Bradley) son projet de percer vers la Ruhr en passant par les Pays-Bas et, pour cela, en s’emparant, par des opérations aéroportées, des principaux ponts encore tenus par les Allemands : c’est l’opération “Market Garden”. Malgré la libération d’une partie du territoire néerlandais, l’opération est un échec, les pertes considérables : près de 18 000 hommes, tués, capturés ou portés disparus, mort de milliers de civils hollandais. Le Général Montgomery ne le reconnut jamais : pour lui, l’opération était réussie “à 90 %”.

On retrouve Monty lors de la bataille des Ardennes, où, en raison de la désorganisation provoquée par la contre-offensive allemande, Eisenhower lui confie en catastrophe (il est le plus proche des combats) le commandement de deux armées US, dont il réorganise l’effort. Là encore, son comportement prête à discussion : il ne lance l’offensive, réclamée par “Ike” dès le 1er janvier, que le 3, laissant une partie des troupes allemandes s’échapper. Son groupe d’armées franchit le Rhin fin mars, occupe la péninsule danoise (soufflée à l’Armée rouge) et toute l’Allemagne du Nord. C’est là, à Lunebourg, qu’il reçoit le 4 mai la capitulation des armées allemandes de cette zone.

Après la guerre, Monty sera successivement chef de l’État-Major général impérial, puis, à nouveau aux côtés d’Eisenhower, adjoint au commandant suprême des forces atlantiques en Europe, dans ce qui donnera naissance à l’OTAN. Il prend sa retraite en 1958. Dans les dernières années de sa vie, la “ statue du commandeur” s’est quelque peu fissurée : ses prises de position, en faveur de l’apartheid ou du régime de Mao, ne font évidemment pas l’unanimité et les historiens, britanniques notamment, éclairent parfois ses décisions sous un jour un peu moins flatteur qu’au moment de sa gloire. Il meurt chez lui à Alton (dans le Hampshire, entre Londres et Southampton) en 1976, reçoit des funérailles nationales, et est enterré non loin de là, à Binsted.

Dans « Le jour le plus long« , son rôle est interprété par Trevor Reid.

En 1946, la commune de Colleville-sur-Orne (à ne pas confondre avec Colleville-sur-mer) a choisi de lui rendre hommage en accolant son nom au sien.

statue montgomery

Sa statue à Colleville-Montgomery

Sa page Wikipédia d’où vient d’ailleurs la photographie

Général Dempsey

Miles Christopher Dempsey, issu d’une vieille famille aristocratique d’origine irlandaise, voit le jour à New Brighton, dans le Cheshire, le 15 décembre 1896.  Formé à Sandhurst, dont il sort diplômé en 1915, il rejoint le régiment du Royal Berkshire avec lequel il servira lors de la première guerre en France, où son attitude lui vaudra la médaille militaire. Dans l’entre deux-guerres, pendant que sa carrière progresse, il s’illustre aussi en tant que joueur de cricket. Au début du conflit, il est promu lieutenant-colonel et prend la tête, au sein du corps expéditionnaire britannique en France, de la 13e Brigade d’Infanterie avec laquelle il doit rembarquer à Dunkerque. Au terme de cette opération, il se voit attribuer le  Distinguished Service Order.

général DempseyAprès avoir commandé la 46e puis la 42e DI, il obtient de façon définitive le grade de général en 1942 et se voit attribuer le commandement du XIIIeme corps, qui, au sein de la VIIIe armée, combat alors en Afrique du Nord. Dans ce poste, il aura plus tard à participer à la préparation du débarquement, puis à mener l’assaut lors de l’invasion de la Sicile (opération Husky, juillet-août 1943), puis de la péninsule italienne (opération Baytown, septembre 1943). Les qualités dont il fera preuve pour mener ces actions combinées, qui, pour les Alliés, sont les premières, poussent son chef, le Général Montgomery, à le choisir pour le commandement de la IIe armée, principale force britannique de l’opération Overlord. C’est donc lui qui assume le commandement de toutes les forces qui mettent pied à terre à Sword, Juno et Gold. (voir les pages consacrées à ces plages). Après la difficile bataille de Normandie, la IIe armée met le cap vers le Nord, où la progression vers la Belgique est beaucoup plus rapide, les Britanniques libérant Bruxelles puis Anvers. En Octobre 1944, le Général Dempsey est anobli par le roi Georges VI qui visite le front. Fin mars 1945, Dempsey devient le premier chef d’une armée britannique à franchir le Rhin, avant de s’emparer en mai de Brême, Hambourg et Kiel.

Après la fin du conflit en Europe, il est nommé commandant en chef des forces alliées au sud-est asiatique (14e armée), puis, après-guerre, commandant en chef des forces britanniques au Moyen-Orient (1946-1947). Il quitte le service actif en 1947, (se marie en 1948), et meurt à Yattendon, dans le Berkshire à l’âge de 72 ans, le … 5 Juin 1969. C’est là qu’il est enterré.

La ville de Caen l’a fait citoyen d’honneur, et une avenue de la ville porte son nom.

Sa page Wikipédia d’où vient d’ailleurs la photographie

Général Bucknall

Il est difficile de trouver des informations sur Gerard Corfield Bucknall. Ainsi, le pourtant très complet site “World War II unit histories and officers” ne le mentionne nulle part, et le centre Liddell Hart d’archives militaires du King’s college de Londres n’est pas très disert non plus à son sujet.

général BucknallOn sait cependant qu’il est né en 1894 et qu’il rejoint à 20 ans le régiment du Middlesex avec lequel il combat en France en 1914-1918. Il part ensuite pour l’Afrique, où il sert en Égypte et au Soudan, rentre au pays étudier en école d’État-major et, lorsque le conflit éclate, a retrouvé son régiment, dans lequel il est chef de bataillon et qui fait partie du corps expéditionnaire britannique en France. Ses promotions suivantes l’éloignent du front, avant qu’il ne soit nommé, en 1943, à la tête de la 5e DI, avec laquelle il effectuera les campagnes de Sicile et d’Italie. C’est là qu’il gagne les faveurs de Mongomery, qui le choisit pour commander le XXXe corps sur les plages du débarquement. Toutefois, le Field Marshal Allan Brooke, chef de l’État-major général impérial britannique, c’est-à-dire la plus haute autorité militaire du Royaume, désapprouve ce choix, persuadé que ce niveau dépasse les compétences de Bucknall.

De fait, en Août 1944, Bucknall est relevé de son commandement et remplacé par le Général Brian Horrocks (qui lui avait déjà succédé à la tête de son bataillon au Middlesex Regiment). Bucknall paie le prix du piétinement de ses troupes lors de la bataille de Normandie (auquel Montgomery n’est pas étranger non plus). On lui confie le commandement militaire de l’Irlande du Nord, on parlerait aujourd’hui de mise au placard, poste qu’il occupera jusqu’à sa retraite. Il décède en 1980.

Sa page anglaise de Wikipédia d’où vient d’ailleurs la photographie.

Général Crocker

John Tredinnick Crocker naît dans le Kent le 3 janvier 1896. Lors de la première guerre, il s’engage comme simple soldat, avant de devenir officier au sein du “Machine Gun Corps“, unité spécialisée dans l’emploi de fusils-mitrailleurs, qui s’est constituée en octobre 1915 sur le front français, et qui se transformera en arme blindée à la fin de la guerre (y a également servi Richard Gale, voir l’article qui lui est consacré).

général CrockerSon comportement en France lui vaudra à la fois la médaille militaire et le Distinguished Service Order. Retourné après-guerre à la vie civile, il songe à devenir avocat, mais se rend compte que le métier des armes lui manque, et décide d’y retourner. Après un passage dans l’infanterie au Middlesex Régiment (le même que Bucknall), il retrouve son ancien corps, devenu entretemps le Royal Tank Corps. Ses affectations successives en unités ou en État-major lui vaudront d’épauler successivement Percy Hobart, puis Allan Brooke, le futur “CIGS” (Chef de l’état-major général impérial).

En avril 1940, donc juste avant le début des hostilités, on lui confie le commandement de la 3e Brigade, au sein de la 1ère Division Blindée, laquelle débarque à Cherbourg alors que le reste du corps expéditionnaire reflue déjà vers Dunkerque. Lorsque la 1ère DB rembarque à son tour, il ne reste plus que 13 chars sur l’ensemble de la division !
De l’automne 40 à l’automne 42, le Général Crocker prend du galon : commandant de la 6e DB (GB), du 2e groupe blindé (Moyen-Orient), puis du IXe corps (GB). En 1943, il retrouve le front en Afrique du Nord, à la tête du IXe corps. C’est là, juste avant la bataille finale pour Tunis, qu’il est blessé à l’entraînement lors de la démonstration d’une arme anti-chars. Le reste de la campagne se fera sans lui !

A son retour en service, en août 1943, on lui confie le commandement du 1er corps, avec lequel il aura à organiser le débarquement sur les plages de Sword et Juno, lequel est globalement réussi. En revanche, Caen n’est pas tombée, puisque les défenses allemandes ne cèderont la ville que le 20 Juillet ! Nous l’avons déjà évoqué (articles consacrés au Général Montgomery et au Général Bucknall) ce piétinement dans le bocage, ces échecs successifs à contourner l’obstacle, puis à le prendre de front, seront vivement reprochés aux Britanniques et donc à leurs officiers généraux, même si, en l’occurrence, c’est essentiellement Montgomery qui dirige la manœuvre.

En août 1944, le 1er corps est intégré à la 1ère armée canadienne, qui va se charger de nettoyer les zones des dernières défenses allemandes depuis l’estuaire de la Seine jusqu’aux Pays-Bas, en passant par le Nord de la France et la Belgique. Au moment de la capitulation, le premier corps est encore en Hollande (pays dans lequel, le fils unique de Crocker, Wilfrid, combattant de la 7e DB, a trouvé la mort au combat en octobre 1944).

En 1945, il devient commandant en chef des Forces du Sud (l’armée britannique stationnée en Grande-Bretagne étant répartie sur 4 commandements : Northern, Western, etc…), puis en 1947 commandant en chef au Moyen-Orient. Montgomery avait souhaité qu’il lui succédât au poste de CGIS (voir plus haut), mais le premier ministre Attlee lui préfère William Slim. Après avoir été anobli, il termine comme Adjudant-Général (fonction qui n’a pas vraiment d’équivalent chez nous) et se retire en 1953. Il continuera à rédiger des manuels qui constitueront la doctrine britannique en matière d’usage de l’arme blindée. Il décède à 67 ans, le 9 Mars 1963.

Sa page Wikipédia d’où vient d’ailleurs la photographie

Général Graham

Douglas Alexander Henry Graham est né en Mars 1893. Après ses études à Glasgow, il intègre un régiment d’artillerie en septembre 1911, avant d’en partir pour rejoindre l’Académie militaire royale de Sandhurst. Il en sort sous-lieutenant, affecté au “Cameronians”, un régiment écossais d’infanterie légère. Il sert en France durant la Grande guerre, au cours de laquelle il est blessé : le soldat qui le sauve après l’avoir traîné, sous le feu ennemi, pendant près de 300 m pour le mettre à l’abri, obtiendra la Victoria Cross. Le Général Graham, pour sa part termine le conflit distingué par la médaille militaire et notre Croix de guerre française.

Il poursuit sa carrière aussi bien en Grande-Bretagne qu’aux Indes (de 1920 à 1928) et se voit confier en avril 1940 le commandement de la 27e Brigade d’Infanterie. La réorganisation des unités le transforme bientôt en chef de la 153e Brigade d’Infanterie, avec laquelle il va s’illustrer en Afrique du Nord, lors de la seconde bataille d’El Alamein, puis en Tunisie, et enfin en Sicile, campagnes qui lui valent une avalanche de citations et autres décorations : Commandeur de l’ordre de l’Empire britannique, Distinguished Service Order, Compagnon de l’ordre du bain.

chalands de débarquementEn janvier 1944, on le place à la tête de la 50e DI, qui devra débarquer à Gold beach. L’opération est un succès : même si Caen n’est pas tombée, les hommes de la “Northumbrian Division”, qui sont, à minuit, près de 25 000 à avoir débarqué, se sont enfoncés de 10 km à l’intérieur des terres et ont réalisé la jonction avec les Canadiens débarqués à Juno. Sa campagne de Normandie sur les plages du débarquement vaudra au Général Graham la Légion d’honneur. On le retrouve avec sa division en septembre lors de l’opération Market Garden (voir l’article consacré à Montgomery), puis en novembre, c’est le retour au pays, très bref, puisque tous deux sont bientôt envoyés en Norvège, où ils termineront le conflit, et où Graham, commandant en chef des forces britanniques dans le pays eût, entre autres, à convoquer un Tribunal militaire pour juger un dizaine d’Allemands accusés de crimes de guerre.

Graham quitte le service actif en février 1947. Il meurt le 28 septembre 1971 à Brechin, dans le comté d’Angus, en Écosse.

La photographie des chalands vient de la version anglaise de Wikipédia ici

Général Gale

Richard Nelson Gale naît à Londres en Juillet 1896 d’un père agent d’assurances qui emmène bientôt sa famille en Australie et en Nouvelle-Zélande, avant de renter au pays quand le petit Richard a dix ans. Celui-ci souhaite après ses études intégrer l’Artillerie de Sa Majesté, mais il ne possède alors ni les qualifications ni les standards physiques qui lui permettraient d’entrer à l’Académie militaire royale de Woolwich. Il se résigne donc à suivre les traces de son père en travaillant lui aussi dans les assurances, mais réalise rapidement que ce milieu n’est pas fait pour lui, et se résout à mettre les bouchées doubles pour pouvoir intégrer l’armée.

général GaleArrive le premier conflit mondial. Encore trop juste physiquement pour être incorporé dans l’armée territoriale à Londres, il réussit malgré tout à entrer au collège militaire royal de Sandhurst à l’été 1915, et, avant même la fin de l’année (c’est la guerre !), est affecté comme 2nd lieutenant au Worcestershire Régiment. Là, la légende veut qu’il s’inscrive pour suivre ce qu’il croit être une formation à l’utilisation des mitrailleuses, et, une fois arrivé au centre d’entraînement, découvre qu’il a en réalité postulé pour rejoindre une unité spécialisée dans cet outil : le Machine Gun Corps, lequel se bat sur le front français ! C’est là qu’il obtiendra la médaille militaire en mars 1918.

Après la guerre, il sert aux Indes, y accomplissant sa formation d’officier d’État-major. C’est essentiellement dans ce domaine qu’on le retrouve après son retour en Europe en 1936, jusqu’à ce que, à l’été 1941, on lui confie le commandement de la 1ère Brigade parachutiste tout juste constituée. En 1942, il rejoint le War Office comme “Director of Air”, ce qui signifie concrètement qu’il a la charge de réfléchir à la conception des opérations aéroportées, en faisant le lien entre deux mondes qui a priori ne collaborent pas spontanément : l’armée de terre, qui fournira les parachutistes, et l’armée de l’air, qui n’a pas pour habitude de faire cadeau de ses avions, d’autant que la RAF considérera longtemps le bombardement aérien comme suffisant. En mai 1943, élevé au rang de Major Général, il prend la tête de la 6e Division Aéroportée qui se constitue. Il lui reste donc juste un an pour préparer le jour J, ce qui ne sera pas simple, avec l’envoi d’unités en Sicile et en Afrique du Nord. Il y parviendra malgré tout, constituant, en plus des unités parachutées, des unités transportées par planeurs ; et ce malgré la pression qui pèse sur ses épaules : c’est la première fois qu’une division aéroportée britannique engage le combat ! Lui-même atterrit en planeur dans l’aube du 6 juin. Lorsque la division, début septembre, part au repos en Angleterre, le Général Gale reste en Europe, à l’État-Major de la 1ère armée aéroportée alliée, et termine la guerre à la tête du 1er Corps aéroporté.

En 1946-47, on le retrouve au commandement de la 1ère Division d’infanterie au Moyen Orient, puis commandant en chef du groupe d’armées Nord des forces alliées en Europe, jusqu’en 1957, date à laquelle il prend sa retraite, avant d’être rappelé un an plus tard pour remplacer Mongmomery au commandement en chef, ce qu’il fera jusqu’en 1960.  Il décède près de Londres, à Kingston upon Thames, en Juillet 1982. Il était par ailleurs membre fondateur et Président d’honneur du Musée de Pegasus Bridge.

Sa page Wikipédia d’où vient d’ailleurs la photographie

Lord Lovat

Simon Christopher Joseph Fraser, 15e Lord Lovat, 4e Baron Lovat, 25e chef du Clan Fraser, voit le jour le 9 juillet 1911 au château de Beaufort, près d’Inverness. Il fait ses humanités au collège d’Ampleforth, puis à l’université d’Oxford.

Lord LovatEn 1930, il est sous-lieutenant chez les Lovat Scouts, une unité formée au moment de la guerre des Boers, et qui constitue ce que nous appellerions en France une unité de réserve (territorial army). Il passe à l’armée active au sein des Scots Guards en 1931, mais, en 1937, alors qu’il est lieutenant, décide d’abandonner le service actif. Le conflit va l’y ramener. Mobilisé en août 1939 comme capitaine des Lovat Scouts, il se porte volontaire dès 1940 pour intégrer ces nouvelles unités qui se constituent : les commandos. C’est le début de l’aventure du Commando n°4. L’instruction se fait en Ecosse, à Lochailort.

Le 3 Mars 1941, c’est le baptême du feu avec le raid sur les îles Lofoten, occupées par les Allemands : c’est un franc succès, les commandos 3 et 4 ont opéré de nombreuses destructions, se sont emparé de codes du chiffre, repartent avec 216 prisonniers et plus de 300 volontaires norvégiens. En avril 1942, ce même type d’opération est reproduit sur Hardelot, sans opposition, mais aussi sans réel bénéfice (opération Abercrombie). En août, c’est le raid sur Dieppe. Si Lovat et ses hommes atteignent globalement leurs objectifs, le raid lui-même (opération Jubilee) est un désastre, les pertes, principalement du côté canadien, étant hélas très élevées (4000 hommes tués, blessés ou faits prisonniers). Les leçons en seront heureusement tirées pour Overlord deux ans plus tard.

Entretemps, Lovat est devenu Général et dirige la 1ère Brigade du Service Spécial, tout juste constituée. C’est avec elle qu’il débarque à Sword Beach, facilement repérable avec son pull blanc, armé de sa légendaire Winchester, et précédé de son fameux “piper”, Bill Millin, qui joue pour galvaniser le moral des troupes. L’anecdote prétend que Millin a fait remarquer à Lovat que ce qu’il lui demandait était parfaitement contraire à tous les règlements. Lovat aurait alors répondu qu’il s’agissait de règles anglaises, et que, étant tous deux écossais, ils n’étaient pas concernés !

Ils ont fort heureusement tous deux survécu à l’aventure; Bill Millin, qui s’est éteint en 2010, étant le dernier des protagonistes connus de cette mémorable journée (voir la page Sword Beach). C’est vers 13 heures que Lovat relève les parachutistes du Major Howard à Pégasus Bridge, puis établit des positions défensives autour de Ranville, avant d’être lui-même relevé en fin de journée par des éléments de la 3e DI.

Le 12 juin, lors de l’attaque sur Bréville, l’artillerie britannique qui pilonne la position allemande voit un de ses obus, trop court, atterrir sur un groupe d’officiers : le lieutenant-colonel Johnson, qui commande le 12e Bataillon de parachutistes, est tué sur le coup ; le général Kindersley (commandant la 6e Brigade aéroportée) et Lord Lovat sont grièvement blessés.

Il se remettra de ses blessures, mais ne pourra jamais réintégrer le service actif (il sera néanmoins réserviste de 1949 à 1962). Churchill lui propose un poste honorifique à la Chambre de Lords, qu’il décline, mais Lovat accepte néanmoins un poste gouvernemental aux Affaires Étrangères, dont il démissionnera après la défaite électorale de Churchill.
Il continuera néanmoins à s’investir en politique, à la Chambre des Lords comme dans son fief d’Inverness, mais souffrira beaucoup sur la fin de sa vie, perdant successivement deux de ses fils à dix jours d’intervalle, et se voyant contraint, cette même année 1994, de vendre l’historique demeure familiale, Beaufort Castle. Il meurt un an plus tard, le 16 Mars 1995, non loin de là, à Beauly, et est enterré dans le caveau familial de l’église St Mary d’Eskadale. La cornemuse de Bill Millin accompagne ses funérailles.

Dans “Le jour le plus long”, pour lequel il servit de conseiller militaire, son rôle est interprété par Peter Lawford (voix française de René Arrieu); celui de Bill Millin par Leslie de Laspee, à l’époque “piper“ officiel de la Reine-Mère.

Sa page Wikipédia d’où vient d’ailleurs la photographie.

Major Howard

Réginald John Howard naît le 8 décembre 1912, dans le quartier populaire de West End, à Londres. Aîné d’une famille de neuf enfants, ce fils d’ouvrier doit très tôt subvenir à ses besoins : à 14 ans, il devient ainsi commis chez un courtier, tout en suivant des cours du soir. En 1931, la firme qui l’emploie ferme ses portes. En 1932, il s’engage dans l’armée où il va rapidement devenir un excellent instructeur (on ne parle pas à l’époque de préparateur physique), mais, la promotion d’officier lui ayant été refusée, il doit quitter au terme de ses six années d’engagement, et entre alors dans la police, à Oxford.

Quelques mois après la déclaration de guerre, il rejoint l’armée, devient sous-officier, puis suit la formation d’officier pour arriver fin 1940 comme sous-lieutenant au sein de l’ “Oxfordshire and Buckinghamshire Light Infantry Régiment” (plus familièrement appelé “Ox and Bucks”). Promu capitaine, il accepte d’être rétrogradé au grade de lieutenant lorsque le régiment devient aéroporté, mais obtient finalement ses galons de Major en 1942.

Le pont Pegasus Bridge au muséeOn connaît les péripéties de l’assaut sur le pont de Bénouville (voir l’article consacré à Pegasus Bridge). L’effet de surprise a joué à plein, les ponts sont pris intacts, en à peine plus de dix minutes. Le Major Howard recevra heureusement des renforts, d’une autre vague de parachutistes d’abord, puis de Lovat débarqué à Sword, vers la mi-journée. Cela lui permettra de repousser la première vraie riposte allemande, celle de la 21e Division de Panzers. Plutôt que d’être retiré du combat en vue d’opérations futures, la compagnie du Major Howard poursuit les hostilités en Normandie, comme une simple unité d’infanterie, et ce jusqu’en septembre, ce qui la prive de participer à l’opération Market Garden.

Deux mois plus tard, rentré en Angleterre pour réorganiser sa compagnie, Howard est grièvement blessé dans un accident de voiture qui va le clouer sur un lit d’hôpital jusqu’en mars 1945. Réformé (contre son gré) suite à ses blessures, il entre en 1946 au Ministère de l’agriculture, où il restera jusqu’à sa retraite, en 1974. En 1954, la France lui a décerné la Croix de guerre avec palmes.

Jusqu’à sa mort, survenue en 1999, le Major a fait tous les ans, chaque 6 juin, le pèlerinage sur les lieux de ses exploits, déposant une gerbe en mémoire de ses camarades disparus, et s’impliquant personnellement dans la mise en place du Musée.
En 2006, sa fille Penny a publié sous le titre “Pegasus Diaries” les papiers personnels de son père.

Dans “Le jour le plus long”, son rôle est interprété par Richard Todd (voix française de Marc Cassot), lequel, cela ne s’invente pas, était, cette nuit-là, capitaine au sein du 7e Bataillon parachutiste, missionné pour venir renforcer les troupes ayant pris les ponts, ce qu’il fit effectivement avec le Major Howard à Pegasus Bridge !

Lieutenant-Colonel Otway

Terence Brandram Hastings Otway est né en juin 1914 au Caire, mais rentre, dès 1915, pendant que son père se bat en France, en Angleterre. A l’exception de trois années passées en Irlande, c’est là qu’il passera sa jeunesse, marquée par une santé fragile.
Il intègre en 1933 l’Académie militaire royale de Sandhurst. Sorti avec un classement qui lui offre la possibilité de rejoindre la prestigieuse armée des Indes, il opte pour l’armée britannique, en l’occurrence le Royal Ulster Rifles.

lieutenant OtwayA l’automne 1935, il est envoyé à Hong-Kong, comme officier de renseignements d’abord, du chiffre ensuite ; puis à Shangaï en août 1937, en plein conflit avec les troupes japonaises. Il y restera  quatre mois avant que le bataillon ne soit envoyé en Inde, à Rawalpindi.
La déclaration de guerre trouve Otway au milieu de la permission de trois mois qu’il a prise pour se marier. En avril 1940, le bataillon rentre en Angleterre pour y être transformé en unité mécanisée. Le Lieutenant Otway, dont la carrière continue à progresser, entre à l’École d’État-Major (1941), puis sert au War Cabinet (1942) avant de retrouver en juin 1943 son régiment du Royal Ulster Rifles, désormais intégré à la 6e Division aéroportée. Affecté en août comme second du 9e Bataillon parachutiste, il en prend le commandement avec le grade de lieutenant-colonel en mars 1944.

Sur les plages du débarquement, Lors de l’opération Overlord, et plus précisément de l’opération Tonga, son objectif est de neutraliser la batterie allemande de Merville, principale menace pour la plage de Sword.
Les choses débutent mal : la plupart des parachutistes s’égarent dans les marais. Quand il parvient à rassembler ses hommes, Otway n’en compte que 150, sur les 700 parachutés, et il n’a pas non plus de matériel lourd. Il dispose par ailleurs de peu de temps : en cas d’échec de la mission, c’est-à-dire en fait s’il ne reçoit pas le signal convenu, l’HMS Arethusa ouvrira le feu, risquant de faire autant de pertes chez les amis que chez les ennemis. A 4 h 30, Otway lance l’assaut. Au terme d’un combat particulièrement violent (70 hommes tués ou hors de combat), Otway se rend maître de la position. A 5 h, les canons sont neutralisés. Ayant subi de lourdes pertes, Otway décroche et installe une position défensive au château d’Amfreville. Il aura à faire face les jours suivants aux contre-attaques de la 21e Panzerdivision, mais maintiendra ses positions, prenant même Château Saint Côme. Son comportement à Merville lui vaudra le “Distinguished Service Order”, dont la citation dit que “son indifférence totale pour le danger a été une source d’inspiration pour tous ses hommes”.

Quelques temps plus tard, il est blessé par un obus “perdu”. Rapatrié sur l’hôpital de Cardiff, il est déclaré inapte à retourner en première ligne, et se verra donc affecté à l’État-Major du Ministère de la guerre.
Il reprend pourtant du service “actif” en mai 1945 en Inde, avec pour mission de transformer son régiment (le 1st King’s Regiment) en unité parachutiste de la 2nde “Indian Airborne Division”. En septembre, il rejoint le Ministère de la Guerre avec pour tâche la rédaction de l’histoire, toute récente, des troupes aéroportées (l’ouvrage : “Army Airborne Forces in the Second World War”sera mis à disposition du grand public en 1990).

Déçu par l’armée d’après-guerre, Otway la quitte en 1948, pour débuter alors une brillante carrière de dirigeant de sociétés, touchant aux secteurs les plus divers (la presse, les jouets, l’import-export, etc..). Retraité en 1979, il s’implique, la plupart du temps anonymement, auprès d’œuvres sociales pour militaires ou veuves de militaires, intervenant personnellement pour démêler telle ou telle situation.

En 1983, il rencontre l’officier allemand qui commandait la batterie de Merville. Il dira plus tard qu’il n’avait pas eu le cran de refuser la main tendue, mais qu’il ne pouvait pas oublier ses hommes tués, accrochés dans les arbres (en visite sur les lieux, il chassera lui-même des gens qui pique-niquaient sur la batterie : “je n’aime pas que des gens mangent et boivent là où mes hommes sont morts”).

En 1997, il a dévoilé lui-même le buste offert par les habitants de Merville-Franceville, où une rue porte désormais son nom.
Il s’est éteint dans sa maison du Surrey en juillet 2006, à l’âge de 92 ans. L’année suivante, sa seconde épouse a fait don au musée de la batterie de Merville de son béret et de ses médailles.

Général Hobart

Percy Cleghorn Stanley Hobart est né en juin 1885 en Inde où ses parents résidaient alors. Il sort de l’académie militaire de Woolwich en 1904 et intègre l’arme du Génie, au sein de laquelle il servira en Inde, puis, lors du premier conflit mondial, en France et en Irak (c’est durant la première guerre qu’il obtient la médaille militaire et le “Distinguished Service Order”). C’est ensuite le Pakistan, où il participe en 1919-1920 à la campagne du Waziristan. En 1923, il rejoint l’arme blindée, et devient instructeur à l’école d’État-major de Quetta (Pakistan).

général HobartEn 1934, devenu “Brigadier” (Général), il prend la tête de la toute première brigade blindée britannique, avec rang d’inspecteur de l’arme. Sa tâche n’est pas facile, tant les détracteurs des chars sont légion : de nombreux cadres ne jurent encore que par la bonne vieille cavalerie, et l’on ose une plaisanterie sur la “mobile force” que l’on transforme en “mobile farce”, inutile de traduire. Paradoxalement, les convaincus sont côté allemand : on sait que le Général Guderian a lu les ouvrages du colonel De Gaulle, et l’on dit aussi qu’il rétribuait sur ses deniers personnels un traducteur pour les articles que le Général Percy Hobart faisait paraître dans les publications spécialisées britanniques.

En 1940, son supérieur direct, Sir Archibald Wavell, commandant en chef des forces britanniques au Moyen-Orient, influencé par les préjugés archaïques du “War Office”, envoie Hobart à la retraite : il est relégué à la défense passive de son village du Gloucestershire ! Il faudra l’intervention de Churchill pour qu’en 1941, Hobart soit réintégré dans ses attributions (quelques temps plus tard, c’est Wavell que Churchill envoyait à la retraite).

On lui confie la formation de la 11e Division Blindée, puis celle de la 79e, qui va devenir son laboratoire.

Le raid sur Dieppe de 1942 avait montré toutes les difficultés à prendre d’assaut une position bien défendue lors d’un débarquement avec des moyens conventionnels : chars et unités d’infanterie. En 1943, alors que la 79e s’apprête à être dissoute faute de ressources, Hobart obtient d’en faire une unité expérimentale, mais opérationnelle, intégrée à un corps de bataille.

Sous sa direction seront conçus toutes sortes de véhicules : les “Hobart funnies”, dont le rôle va se révéler déterminant dans le succès de l’opération. Adaptés à partir de chars Churchill, on trouve ainsi :

  • le crocodile, dont une des mitrailleuses est remplacé par un lance-flammes, qui s’avérera particulièrement utile dans les combats du bocage;
  • les AVRE, pour Armoured Vehicle Royal Engineers, qui existèrent en plusieurs versions (dans l’une, conçue pour attaquer les bunkers, le canon était remplacé par un mortier de 290 mm, projetant à plus de 130 mètres un obus de 18 kg empli de napalm).
  • le bibbin déroulait devant lui un rouleau permettant aux engins de ne pas s’enfoncer dans le sable mou ;
  • le fascine déposait quant à lui un énorme fagot de bois (autour de 2 m de diamètre) pour combler les fossés ;
  • le small box glider, dans le même esprit, déployait devant lui un pont de 10 mètres pouvant supporter 4 tonnes ;
  • le bullshorn plough, muni d’une sorte de pelle excavatrice, neutralisait les mines se trouvant sur son chemin;
  • le double onion, grâce à des charges explosives maintenues sur une plaque métallique à distance de son fuselage, détruisait les murs de béton.

Toujours sur la base d’un Churchill, mais sans sa tourelle, fut construit l’ARC (Amoured Ramp Carrier) qui déployait devant et derrière lui des rampes extensibles, l’ensemble constituant un pont sur lequel pouvaient passer les véhicules.

Conçus cette fois à partir du Sherman américain, on trouve :

  • le Crab : conçu à partir d’un M4, il actionne devant lui un fléau constitué d’un cylindre métallique avec lequel tourne une quarantaine de chaînes qui font exploser les mines adverses.
  • le DD, pour Double Drive est lui pourvu d’une jupe en caoutchouc imperméable, abaissable et relevable à volonté, qui garantit son étanchéité, mais aussi de deux hélices qui assurent sa propulsion en mer. Imaginés pour épauler les premières vagues, ils furent utilisés avec des succès divers : RAS à Sword, où tout se passa comme prévu ; à Gold et Juno, en raison de l’état de la mer, ils arrivèrent en même temps que les chars “ordinaires“, après la première vague. Pas trop de problèmes non plus à Utah, même si les péniches de débarquement, plus rapides, avaient débarqué l’infanterie avant les DD, désastre presque complet en revanche à Omaha où la majorité coula avant même d’avoir vu la plage.
  • Enfin, des bulldozers blindés virent également le jour, soit en blindant un modèle de bulldozer existant (ce qui fut le cas de l’armoured bulldozer, sur la base d’un Caterpillar), soit en aménageant en bull un char démuni de sa tourelle (le centaur bulldozer, sur la base d’un char Cromwell).

On notera que ces drôles de machines furent proposées pour être mises à disposition de l’ensemble des forces, mais que les Américains déclinèrent l’offre, ne retenant que le char amphibie Sherman DD.

La 79e DB, qui n’avait pas combattu en tant qu’unité constituée, mais dont les véhicules (près de 7000 à la fin de la guerre) avaient été intégrés aux unités combattantes, sera dissoute en août 1945.

Hobart, lui, prend sa retraite, définitive cette fois, en 1946 (il a déjà 61 ans), et meurt en 1957 à Farnham, dans le Surrey. La petite histoire retiendra qu’il était aussi le beau-frère de Montgomery, tous deux ayant épousé deux sœurs.

Sa page Wikipédia d’où vient d’ailleurs la photographie

Général Hill

Stanley James Ledger Hill naît en mars 1911 à Bath, d’un père militaire (il finira Général). C’est donc assez naturellement qu’il intègre l’Académie militaire royale de Sandhusrt, dont il sortira en 1931 pour intégrer le Royal Fusiliers, régiment alors commandé par son père. En 1936 pourtant, il rejoint la réserve pour travailler dans le privé, au sein d’une compagnie de ferries dont sa famille est propriétaire.
Rappelé au sein de son régiment dès le début de la guerre, il commande un peloton lorsque son unité stationne sur la ligne Maginot.

General Hill

Promu Capitaine en janvier 1940, il rejoint l’État-Major interallié, auprès du Maréchal Gort. C’est là que les hostilités qui débutent vont le trouver. Il aura notamment la charge d’organiser le rapatriement de la force expéditionnaire britannique : il dirige personnellement le rembarquement sur la plage de La Panne, .et sera un des derniers à se hisser à bord d’un bateau.
Après une affectation en Irlande, il se porte, en 1941, volontaire pour intégrer les unités parachutistes alors en cours de constitution. Le bataillon qu’il commande, intégré à la 1ère Brigade parachutiste, est prévu pour faire partie du raid sur Dieppe, lequel, pour des raisons météorologiques, est une première fois ajourné. Lors de la reprogrammation, l’État-Major considère sa participation comme trop aléatoire, pour le même type de raisons, et le raid se fera sans lui.

En 1942, la Brigade est rattachée à l’autorité d’Eisenhower (notre page), qui prépare alors l’opération Torch, le débarquement allié en Afrique du Nord. En dépit de nombreux avatars dus à une logistique défaillante, il y mènera à bien sa mission, persuadant, notamment autour de Béja, les Français de l’armée de l’armistice, dont on ne pouvait savoir de façon certaine de quel côté ils basculeraient, de se rallier à sa cause et d’engager le combat contre Allemands et Italiens.

Il sera grièvement blessé lors d’un combat contre des blindés, recevant trois balles dans la poitrine. Ses actions lors de cette opération lui vaudront le Distinguished Service Order ainsi que notre Légion d’honneur. Remis de ses blessures, il devient en février 1943 chef du 9e Bataillon parachutiste, sous les ordres du Général Lathbury, qui commande la 3e Brigade. En avril, Lathbury se voit offrir un nouveau commandement, celui de la 1ère Brigade, qui va préparer le débarquement en Sicile. La 3ème reste alors en Angleterre, intègre la toute nouvelle 6ème Airborne, et Hill en prend le commandement.

A partir de décembre débute l’entraînement intensif qui mènera au jour J. Ce 6 juin, la mission dévolue à la brigade est plurielle : neutraliser la batterie de Merville (9e bataillon, commandé par le Lieutenant-Colonel Otwayvoir la page consacré à ce dernier), et détruire un certain nombre de ponts (8e bataillon, 1er bataillon canadien).
Le parachutage n’est pas une réussite : beaucoup d’hommes atterrissent loin de leurs objectifs : Hill est de ceux-là, arrivé avec plusieurs “sticks” près de la Dives, en zone marécageuse, il devra se sortir de plus d’un mètre d’eau sur plusieurs centaines de mètres. Rassemblant ses hommes, il se dirige vers Sallenelles, pour faire la jonction avec Otway, quand son groupe est la cible d’avions de chasse allemands volant à basse altitude. L’attaque fait de nombreuses victimes, et Hill est à nouveau blessé. Il réussit néanmoins à rallier Ranville, ou se trouve le PC de la division. Au soir du 6 juin, la Brigade a atteint ses objectifs.

Du 7 juin à la fin août, elle va être utilisée comme une force d’infanterie, qui aura à repousser les contre-attaques allemandes  (11, 12 juin) et à consolider la tête de pont. Hill dira plus tard que la période du 7 au 12 juin constitue “les cinq jours de plus durs combats que j’ai vus en cinq ans de guerre”.

Rentrée en Angleterre en septembre, la 6e Airborne est précipitamment renvoyée au front le 24 décembre, lorque les Allemands lancent leur contre-offensive des Ardennes. Hill, alors hospitalisé pour une chirurgie plastique de reconstruction, la rejoint avec quelques jours de retard, mais sa brigade n’aura pas à combattre, les Allemands ayant abandonné les positions sur lesquelles elle pouvait les rencontrer. On retrouve Hill en mars 1945 lorsque, parachuté avec sa brigade, il s’empare de Schappenberg, près de la forêt de Diersfordter, dans le cadre de l’opération Varsity.

Fin avril, la Weser est atteinte, puis l’Elbe (le 23), et Hill sort vainqueur de la course-poursuite engagée avec l’Armée rouge pour prendre le contrôle de Wismar, clé de la péninsule danoise. Il devient d’ailleurs gouverneur militaire de Copenhague en mai 1945, avant de quitter le service actif en juillet. Il restera réserviste jusqu’en 1949, mais entame alors une seconde carrière, comme dirigeant de sociétés.

En 2004, pour le 60e anniversaire du débarquement, il est présent lorsque le Prince Charles dévoile la statue de bronze qui lui est dédiée, au carrefour du Mesnil, et qui a depuis été déplacée dans le parc du Musée de Pégasus Bridge (photo ci-dessous).

Hill Pegasus

Il meurt en mars 2006, deux jours après avoir fêté son 95e anniversaire. Sa page Wikipédia d’où vient sa photo.

Général Rennie

Thomas Gordon Rennie naît le 3 janvier 1900, en Chine (dans l’actuelle Fuzhou). Après des études à l’Académie militaire royale de Sandhurst, il connaît sa première affectation au sein du Black Watch, un régiment d’infanterie écossais. C’est là qu’il gravira un à un les grades successifs. De 1936 à 1938, il retrouve son pays natal au sein des forces britanniques en Chine.

general Rennie

Au moment de la déclaration de guerre, il est officier d’État-major au sein de la 51e Division d’Infanterie. Lors de la campagne de France, il est fait prisonnier, mais parvient à s’évader neuf jours plus tard.

De retour au Royaume-Uni, il est chargé de la partie Instruction du Quartier Général des forces de l’ouest (western command), avant de retrouver, en 1941, le Black Watch, dont il est désormais chef de bataillon, et qu’à ce titre il mènera lors de la seconde bataille d’El Alamein en octobre 1942. A la fin de cette même année, il est promu à la tête de la 154e Brigade d’Infanterie, qu’il mène au combat en Afrique du Nord. Une blessure l’éloigne quelques mois du service actif, qu’il réintègre en mai 1943. Après la Lybie, c’est le débarquement en Sicile (Juillet 1943), puis en Italie (Septembre 1943).

En décembre 1943, il est nommé commandant de la 3e Division d’Infanterie, avec laquelle il va donc préparer, et réussir le débarquement à Sword Beach. Le 13 juin, il est à nouveau blessé. Six semaines plus tard, il se voit confier le commandement de la 51e Division d’Infanterie, qu’il conduit jusqu’en Allemagne. C’est là que, le 24 Mars 1945, lors des combats pour la traversée du Rhin (opération Plunder : 22 Mars-1er Avril), il est mortellement touché par un tir de mortier. Il est enterré au cimetière militaire de la foret de Reichswald, près de Kleve, non loin de la frontière néerlandaise.

Crédits photo :

Général Keller

Rodney Frederick Leopold Keller est né en octobre 1900, en… Angleterre. Ce n’est que plus tard que ses parents émigrent au Canada. Il fait ses études au collège militaire de Kingston (Ontario), avant d’intégrer un régiment d’infanterie légère, puis de retourner en Angleterre pour sa formation d’officier d’État-major. En 1941, il commande le régiment dans lequel a débuté sa carrière d’officier, avant d’être promu à la tête de la 1ère Brigade d’Infanterie. Il gagne ses étoiles de Général et arrive finalement en 1942 au commandement de la 3e Division d’Infanterie, qu’il mènera à Juno Beach.

General Keller

Populaire auprès de ses hommes, qui apprécient son franc-parler, Keller l’est moins auprès de sa hiérarchie : certains ne le jugent pas capable d’exercer le commandement d’une division. Il ira jusqu’à proposer lui-même sa démission, que son supérieur direct, le Général Guy Simonds, qui commande le IIe corps canadien, refuse.

On lui prête des problèmes avec l’alcool, ce qui lui vaut de commettre de graves indiscrétions, qui lui mettent à dos non seulement ses supérieurs mais aussi nombre de ses propres officiers. Après le débarquement, lors de la bataille de Caen, on lui reprochera sa manière de faire lors de l’opération Windsor, qui visait, le 4 Juillet, à s’emparer de l’aérodrome de Carpiquet. Le 8 août, lors de l’opération Totalize, il est blessé par un tir ami, les avions américains ayant bombardé par erreur son quartier général : ses supérieurs profitent de l’occasion pour lui ôter son commandement : il n’en retrouvera plus. Il quitte le service actif en 1946 et se retire alors en Colombie britannique, à Kelowna, dont il sera conseiller municipal. Ironie du sort, il meurt en 1954, lors d’une visite en Normandie.