Général Eisenhower (Ike)

L’ordre de bataille et les forces d’assaut US

Avant de vous présenter plus en détails Dwight David Eisenhower, nous avons choisi la page de ce dernier, pour son grade de commandant en chef des forces alliées pour vous présenter une infographie explicative de l’ordre de Bataille et les forces d’assaut américaines du 6 juin sur les plages du débarquement. NB : Vous pouvez cliquer sur l’image pour l’agrandir mais il vous faudra cliquer sur précédent pour revenir sur la page.

infographie explicative des forces armées US

Dwight Eisenhower dit Ike

Né en 1890 dans une famille modeste du Texas (le troisième de sept enfants), qui s’installe au Kansas alors qu’il n’a pas deux ans, il passera sa jeunesse à Abilène. C’est de cette époque que lui viendrait son “surnom de Ike”.

Il intègre en 1911 la fameuse académie militaire de West Point. Il en sortira officier. N’ayant pu prendre part au conflit en Europe malgré ses demandes, c’est sur le territoire des États-Unis qu’il effectuera l’essentiel de sa carrière avant 1941 (si l’on excepte un passage à Paris en 1929 et un autre aux Philippines en 1933).

eisenhower surnom IkeDès les années 20, comme Patton, qui en deviendra plus tard un des meilleurs illustrateurs, il préconise le recours systématique à l’arme blindée ; mais ils ne sont guère plus entendus que Charles de Gaulle en France. Eisenhower est d’abord et avant tout un officier d’État-major. A ce titre, il seconda successivement Pershing, Mac Arthur, et Marshall. Devenu Général en 1941, il se voit confier en 1942 le commandement en chef des forces américaines en Europe. C’est en tant que tel qu’il dirigera le débarquement en Afrique du nord, puis l’année suivante celui de Sicile. Nommé à la tête du SHAEF (Supreme Headquarter Allied Expeditionary Force), il lui revient de planifier Overlord. Le Général De Gaulle parle de lui en ces termes : “Ce fut une chance pour l’alliance que Dwight Eisenhower découvrit en lui-même, non seulement la prudence voulue pour affronter ces problèmes épineux, mais aussi l’attirance pour les horizons élargis que l’Histoire ouvrait à sa carrière. Il sut être adroit et souple. Mais, s’il usa d’habileté, il fut aussi capable d’audace.”

On le sait, c’est de lui que dépend le choix de la date. Le débarquement nécessite en effet la conjonction de deux facteurs : un lever de lune tardif (pour que les troupes aéroportées arrivent par nuit noire et bénéficient du clair de lune une fois au sol) et une marée basse commençant juste après l’aube. La fenêtre était donc étroite : à la mi-mai, Ike l’avait fixée à juin, entre le 5 et le 7. Mais voilà, la météo n’était pas fameuse. Devant la difficulté à maintenir plus longtemps les troupes sous pression, et le retour tardif d’une autre fenêtre (marée basse à l’aube le 19 juin, mais sans lune, sinon… juillet), l’annonce par les météorologues d’une éclaircie provisoire emporta sa décision. Apocryphe ou non, l’histoire retiendra son “Let’s go !

Devenu commandant en chef de l’armée US, il sera aussi commandant en chef de l’OTAN (1950). Élu sous les couleurs du parti républicain (alors qu’en 1948, le président Truman, démocrate, lui avait proposé d’être son co-listier pour la vice-présidence) il sera le 34ème président des Etats-Unis, accomplissant deux mandats (1953-1961) marqués par la guerre froide et le maccarthysme, mais ceci est une autre histoire. Il meurt le 28 Mars 1969, et est enterré à Abilene, au Texas, où se trouvent, à côté de la maison de son enfance, le musée et la librairie qui portent son nom. On dit que Dwight Eisenhower a laissé des documents concernant la Seconde Guerre mondiale dans une fosse au cimetière américain de Colleville-sur-Mer. Elle ne sera ouverte, selon ses souhaits, qu’au matin du 6 juin 2044, date du 100e anniversaire du débarquement en Normandie.

Dans “Le jour le plus long”, son rôle est interprété par Henry Grace (voix française de Claude Péran), lequel possède avec son modèle une indéniable ressemblance physique.

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Général Bradley

Omar Nelson Bradley est né en 1893 dans le Missouri. Il sort de West Point en 1915 et fera carrière dans l’infanterie. Il sera d’ailleurs le dernier commandant de la 82e division d’infanterie, avant que celle-ci ne devienne la 82e “Airborne”.

général BradleyIl aurait pu servir en Europe durant la première guerre, mais la grippe espagnole retarde le départ de sa division, puis l’armistice le rend sans objet. Au long de ses différentes affectations du temps de paix, on le trouvera à plusieurs reprises comme enseignant, à West Point, de mathématiques, entre autres. Affecté auprès d’Eisenhower pour l’opération “Torch” (le débarquement en Afrique du Nord), il commandera ensuite le IIème corps d’armée lors du débarquement en Sicile (opération Husky) et de la campagne qui s’ensuivra. Pour Overlord, il commande la 1ère armée (et, du reste, il sera, de ce jour à la fin de la guerre, le chef suprême de toutes les forces terrestres américaines), que l’on retrouve sur les plages du débarquement d’Utah et à Omaha beach. Nous l’avons déjà évoqué (voir l’article sur Omaha beach), depuis son PC installé à bord de l’USS Augusta il n’était pas loin de donner l’ordre d’abandonner Omaha en raison des pertes effroyables essuyées par la première vague.

Plus tard, c’est lui qui planifiera l’opération Cobra  (24 au 30 juillet), conclue par la percée d’Avranches (1er Août), qui permet d’ouvrir la route de la Bretagne. C’est lui encore qui sera choisi par Eisenhower pour prendre la tête du 12e groupe armées US. (Le piétinement constaté en Normandie a avivé les tensions entre Américains et Britanniques, les choix de Montgomery – voir l’article consacré à ce dernier – étant souvent controversés : la création du 12e groupe d’armées est une façon pour Ike de rééquilibrer les choses). Du 12 au 21 Août, c’est lui qui mène la bataille de la poche de Falaise (le “chaudron” de Falaise pour les Allemands), laquelle aboutira à la dislocation totale de la VIIème armée allemande (sans pour autant constituer un “Stalingrad en Normandie” comme on a pu l’écrire : entre 5000 et 6000 morts, entre 30 et 40 000 prisonniers, on est loin des 380 000 tués, blessés ou prisonniers des rives de la Volga, même si, si l’on peut dire, “ça n’est déjà pas mal !”).

Ce sont ses troupes encore, et celle de Patton, autrefois son chef, devenu son adjoint, qui subiront le choc de la contre-offensive allemande lors de la bataille des Ardennes ; réaliseront la jonction avec l’Armée rouge en avril 1945, et libéreront le camp de concentration de Mauthausen.

Retiré du service actif en 1953 avec le titre de Général d’armée – 5 étoiles, dont il est d’ailleurs le cinquième et dernier attributaire pour l’armée de terre – il a publié ses mémoires en 1951 (“Une histoire de soldat”), dans lesquelles il n’est pas tendre envers le Général Montgomery (voir “côté britannique”) ; il est vrai que leurs désaccords auront été nombreux (sur l’opération Market Garden et lors de la bataille des Ardennes, notamment). Il est décédé en 1981 et repose au cimetière militaire d’Arlington.

Dans “Le jour le plus long”, son rôle est interprété par Nicholas Stuart.

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Général Gerow

général GerowLéonard Townsend Gérow est né le 13 Juillet 1888 en Virginie. Il est sans doute d’ascendance française (son nom serait une déformation de “Giraud”) et suit sa formation militaire au Virginia Military Institute.

Il rejoint l’armée active en 1911 avec le grade de sous-lieutenant et connaît sa première épreuve du feu en 1914 lors de  l’intervention américaine à Vera Cruz, pendant la révolution mexicaine.

Il combat en France à partir de janvier 1918 et y obtiendra la Légion d’honneur, pour un travail essentiellement logistique (l’équipement en matériel radio des armées alliées).

De retour aux États-Unis, ses affectations et ses formations successives l’amèneront à avoir pour camarades Omar Bradley et Dwight Eisenhower. Après un passage en Chine dans les années 30, Pearl Harbour le trouve alors qu’il vient d’être promu Général.

En Février 1942, riche d’une étoile supplémentaire, on lui confie le commandement de la 29e Division d’infanterie (la “Blue and Grey”, pour rappeler la couleur des uniformes des antagonistes d’hier – la guerre de sécession – qui s’y étaient fondus), qu’il gardera jusqu’en Juillet 1943, quand il prend la tête du Ve corps d’armée, le plus important de tous ceux engagés en Europe. A ce titre, il participe à la planification de l’opération Overlord. Du Jour J sur les plages du débarquement à la fin des hostilités, il se tiendra toujours à proximité de l’avancement de ses troupes, ce qui l’amènera, par exemple, à être le premier “Major Général” à pénétrer dans Paris fraîchement libéré. Il terminera la guerre à la tête de la XVe armée. A l’issue du conflit, il se voit confier la direction d’une commission chargée de réfléchir à l’optimisation de la formation des académies militaires ; puis revient au commandement d’une armée (la IIe) pour ce qui sera son dernier poste. Il prend sa retraite en 1950, et décède en 1972. Il repose au Cimetière d’Arlington.

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Général Collins

Joseph Lawton Collins est né à La Nouvelle Orléans le 1er Mai 1896. Sorti de West Point en 1917, il est affecté au 22e Régiment d’Infanterie, avec lequel il combat en France dans les derniers mois précédant l’armistice de 1918.

general CollinsDans l’entre-deux guerres, il peaufine sa formation (école d’infanterie, puis d’artillerie) tout en étant lui-même instructeur : en chimie à West Point, en armes et tactiques à l’école d’infanterie, enfin au War Army College. Dans l’intervalle, les années trente l’ont conduit en Asie, à Manille et aux Philippines. Pearl Harbour le surprend alors qu’il a le grade de colonel. Il y est d’ailleurs envoyé comme chef d’État-major au lendemain de l’attaque pour réorganiser les défenses. Nommé Général en 1942, il prend le commandement de la 25e Division d’infanterie avec laquelle il va s’illustrer dans le Pacifique, notamment à Guadalcanal, y gagnant son surnom de “Lightning Joe”, Joe la foudre. En Normandie, il commande le VIIe corps, qui débarque à Utah, libère Carentan, Cherbourg ; et qui, par la suite, sera aux premières loges de l’opération Cobra et de la bataille de la poche de Falaise. Après les prises de Namur, Aix-la-Chapelle, Cologne, il mènera ses hommes jusqu’à la victoire finale en Allemagne.

Après la guerre, il devient chef d’État-major de l’armée de terre, puis, en 1949, chef d’état-major de l’armée des États-Unis, poste qu’il gardera durant toute la guerre de Corée, avant de devenir le représentant américain à l’OTAN. Il quitte le service actif en 1956 et s’éteint en septembre 1987, dans sa 92e année. Il est enterré au cimetière d’Arlington.

La petite histoire retiendra qu’il avait pour neveu Michaël Collins, (fils de son frère James, également Général de l’US Army), le pilote d’Apollo XI, le “3e homme” du fameux vol de Juillet 1969.

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Général Gerhardt

Charles Hunter Gerhardt est né le 6 Juin (eh oui!) 1895, d’un père lui-même Général. Sa voie est donc toute tracée : ce sera West Point ! Il s’y fait surtout remarquer par ses talents sportifs, en baseball, football (c’est un excellent “quaterback”), et aussi en polo (il sera d’ailleurs sélectionné comme juge pour les épreuves d’équitation des Jeux Olympiques de Los Angeles, en 1932). A la sortie de l’école, il opte pour la cavalerie et sert quelques mois en France à la fin de la 1ère guerre au sein de la 89e Division.

général GerhardtIl obtient son premier grand commandement en étant placé à la tête de la 91e DI. Il n’y fait pas l’unanimité. Il passe en effet pour un chef tatillon, “jugulaire, jugulaire“, particulièrement pointilleux, par exemple, sur la propreté du matériel  (l’anecdote veut aussi que, le 7 juin 1944, il ait réprimandé un de ses hommes qui avait eu le tort de jeter ses pelures d’orange par terre).

C’est parce qu’il est depuis Juillet 1943 commandant de la 29e DI, qui débarque à Omaha, que nous en parlons ici. C’est à ce poste qu’il va devenir le chef le plus controversé, côté Alliés s’entend, du théâtre d’opérations européen. On le sait, sur chaque plage du débarquement à Omaha, le choc est particulièrement rude, et les pertes conséquentes (Omaha la sanglante).

C’est davantage dans les jours qui vont suivre, notamment dans la progression vers Saint-Lô, que les décisions de Gerhardt prêteront à discussion. Ses détracteurs estiment qu’il est un piètre tacticien, et surtout, qu’il fait peu de cas de la vie de ses hommes, qui pourtant, de façon générale, l’apprécient (au point de le baptiser “Oncle Charlie”): durant la campagne de France, une plaisanterie circule : Gerhardt commande trois divisions : la première est sur le champ de bataille, la deuxième à l’hôpital, et la troisième au cimetière ! De fait, après la 1ère DI, sa division est celle qui va enregistrer les pertes les plus lourdes de toute la guerre (là encore, côté Alliés) et celles-ci, bien plus encore qu’à un Général Cota pour la 28e (voir l’article sur celui-ci), lui sont directement reprochées, ainsi que des fautes qualifiées de “morales”, comme d’avoir pour ainsi dire fait instituer de lui-même une maison de prostitution pour ses hommes.

Ainsi, lorsque, en 1946, la 29e rentre au bercail pour y être démobilisée, son commandement est remis en question, ses étoiles lui sont retirées, et Gerhardt se retrouve simple colonel. Envoyé comme attaché militaire au Brésil, il retrouvera pourtant son grade de Major Général, avec lequel il prend sa retraite en 1952. Il meurt d’une crise cardiaque à 81 ans, en octobre 1976, et est enterré au cimetière d’Arlington.

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Général Cota

Norman Daniel Cota, qui hérita dans son enfance du surnom de “Dutch” (Hollandais) qu’il gardera toute sa vie, est né à Chelsea, dans le Massachusetts, en 1893, d’un père ancien employé des chemins de fer reconverti en commerçant, et d’une mère institutrice.  Il intègre West Point en 1913 et y côtoie Dwight Eisenhower, son aîné de promotion de deux ans, au sein de l’équipe de football (US, bien sûr).

Il progresse rapidement en grade jusqu’à major pour finalement se retrouver capitaine suite aux massives réductions d’effectifs entraînées par la fin du premier conflit mondial. A la tête d’un bureau postal militaire, il est tenu pour responsable lorsque celui-ci est dévalisé. Il faudra un vote du Congrès pour le dispenser d’avoir à compenser la perte (43 000 $). En Mars 1941, il rejoint la 1ère Division d’infanterie comme responsable du renseignement, puis de l’instruction, enfin comme chef d’État-major.

Après avoir secondé le Général Terry de la Mesa Allen pour la préparation du débarquement en Afrique du Nord (1942), puis en Sicile (1943), il est envoyé en Grande-Bretagne dans le cadre de la préparation d’Overlord.

général norman cotaIl fait partie de ceux qui militent pour un débarquement à l’aube, et prévoit les inconvénients qui ne manqueront pas de surgir : “Les écarts que nous avons essayé de corriger à l’entraînement vont être agrandis et vont céder la place à des incidents que vous pourriez, à première vue, juger comme chaotiques… Vous allez trouver de la confusion. Les péniches de débarquement sortiront du timing prévu et des gens vont être débarqués au mauvais endroit. Certains n’y arriveront pas… Nous devrons improviser, continuer, ne pas perdre la tête.” En réalité, en étant bien plus pessimiste que le haut-commandement, qui pensait que les bombardements (aérien et naval) auraient raison des défenses allemandes, Norman Cota sous-estimait encore l’ampleur des dégâts.

C’est en tant que commandant adjoint de la 29e D.I qu’il débarque à Omaha avec la deuxième vague, en compagnie des hommes du 116e R.I. La péniche qui le transporte est la cible de tirs de mortiers et d’artillerie, trois des hommes qui s’y trouvent meurent sans avoir pu mettre pied à terre. C’est un des plus hauts gradés à se trouver sur les plages du débarquement et son attitude (immortalisée par Robert Mitchum dans “Le jour le plus long”) est restée célèbre : remontant le moral des survivants, rassurant les soldats commotionnés, et réussissant enfin à trouver l’ouverture pour permettre le passage des engins. La postérité lui attribue deux fameuses citations. A sa question de savoir qui était présent autour de lui, quelqu’un répondit : “5e (bataillon) Rangers !Cota : “Well, God damn it then, Rangers, lead the way !” que l’on peut traduire par “Bien, P… alors, Rangers, ouvrez la voie !” Ce “Rangers, lead the way” est depuis devenu la devise de l’arme. On lui prête aussi le mot : “Gentlemen , nous allons nous faire tuer sur les plages. Allons donc nous faire tuer à l’intérieur!” Dans “Le jour le plus long”, les dialoguistes ont placé dans sa bouche une phrase généralement attribuée au Colonel Taylor (16e R.I.) : “Il y a deux sortes de gens qui vont rester sur cette plage, ceux qui sont déjà morts, et ceux qui vont mourir. Maintenant bougez vos fesses, vous êtes de la 29e !”

Il libérera Saint-Lô, poursuivra bien évidemment les hostilités jusqu’en Allemagne et se voit confier, en Août 1944, le commandement de la 28e Division d’infanterie, à la tête de laquelle il défile sur les Champs-Elysées le 29 Août pour la cérémonie officielle de la libération de Paris.

On retrouvera Norman Cota avec sa division lors de la bataille de la forêt de Hürtgen, au cours de laquelle la 28e subit de lourdes pertes (6200 hommes tués ou blessés, 2300 sur un total de 3100 pour le seul 112e R.I.) qui seront pour partie imputables à ses décisions. C’est aussi en tant que commandant de la division qu’il lui revient d’approuver (ou non) la décision qui condamne Eddie Slovik à la peine de mort pour désertion. “Ce furent, écrivit-il, les quinze minutes les plus difficiles de ma vie”. Eddie Slovik sera le seul soldat américain exécuté pour désertion durant les deux guerres mondiales.

Il prend sa retraite en Juin 1946 avec le grade de Major Général, et meurt à Wichita (Kansas) en 1971. Il est enterré au cimetière de West Point.

La photographie de Norman Cota provient de ce site Internet : Pennsylvania National Guard Military Museum

Général Barton

Raymond O. Barton, est né en 1889 dans le Colorado. Il sort de West Point (où il gagne le surnom de: “Tubby” (dodu), qu’il gardera toute sa vie, en 1912 pour rejoindre le 8e Régiment d’infanterie, avec lequel – il est alors chef de bataillon – il arrive en France lors du premier conflit mondial, puis participe à l’occupation de l’Allemagne au terme du conflit et jusqu’en 1923.

Diplômé d’État-Major, il enseigne l’art militaire à l’Université de Georgetown dans les années 30. En 1940/41, il est chef d’État-Major de la 4e Division d’Infanterie, puis du IVe corps d’armée, avant de prendre le commandement de la 4e DI en Juillet 1942. Un de ses officiers le dépeint comme “très strict sur le plan disciplinaire, commandant sa division d’une main de fer”, mais en étant toujours proche de ses hommes. En février 1944, il voit arriver comme adjoint Théodore Roosevelt Jr. L’épisode resté célèbre de la demande de ce dernier, le Jour J, à donner l’assaut avec la première vague, est relaté dans l’article qui lui est consacré.

général BartonBarton débarque donc le 6 Juin avec la deuxième vague sur une plage “nettoyée”. C’est sa division qui établit le contact avec les paras de la 82e Airborne et qui, par la suite, libérera le Cotentin, et notamment Cherbourg le 26 Juin. Pour nous, Français, elle représente aussi autre chose : c’est elle qui participe, avec la 2e DB du Général Leclerc, à la libération de Paris. En septembre 1944 commence, à la frontière belgo-allemande, la bataille de la forêt de Hürtgen, un épisode assez méconnu du conflit, qui durera pourtant jusqu’en février 1945 : c’est la plus longue bataille jamais disputée par l’armée américaine. C’est au beau milieu de celle-ci que Raymond Barton doit se retirer du service actif, pour raisons de santé, le 26 Décembre 1944. Quelques jours auparavant, il avait contribué à sauver des vies en donnant sa ceinture au médecin pour qu’il en fasse un garrot. Il s’était aussi lié d’amitié avec Ernest Hemingway, correspondant de guerre auprès de la division.

Il meurt en 1963 et est enterré au Westover Memorial Park d’Augusta en Géorgie.

Dans “Le jour le plus long”, son rôle est interprété par Edmond O’Brien (voix française de Georges Aminel).

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Théodore Roosevelt Jr

“ Teddy” Roosevelt voit le jour dans la propriété familiale d’Oster Bay Cove, sur Long Island, en 1887, alors que son père (qui sera Président des États-Unis de 1901 à 1909) se lance tout juste en politique. Ce n’est pas un militaire de carrière. Diplômé de Harvard, il se lance dans les affaires et réussira dans les aciéries puis dans la banque. Ayant suivi un camp d’entraînement militaire, il est parmi les premiers à se porter volontaire pour participer au corps expéditionnaire américain en France lors du premier conflit mondial. Il va se distinguer par son attitude héroïque, se défiant du feu et des gaz ennemis, pour devenir, aux yeux du commandant de sa division, le meilleur de ses chefs de bataillon. En juillet 1918, quelques jours après la mort de son frère Quentin, abattu en combat aérien au-dessus de Charmery, il est lui-même blessé et gazé lors de la bataille de Château-Thierry.

général Théodore Roosevelt JuniorRevenu aux États-Unis, il entame une carrière politique en étant élu à l’Assemblée de l’état de New-York, avant que le Président Harding ne l’appelle pour lui confier un poste d’assistant secrétaire d’état à la marine. En 1929, le Président Hoover le nomme gouverneur de Porto-Rico, puis, en 1932, gouverneur général des Philippines. En 1935, il rentre au pays, reprend ses affaires (banque, édition) tout en s’impliquant dans de nombreuses œuvres caritatives ; et en accomplissant les périodes de réserve qui lui permettront de reprendre du service après 1941.  Il devient ainsi colonel en 1940, avant qu’on ne lui confie le commandement du 26ème Régiment d’infanterie, celui-là même où il avait servi en 1918.

Promu général fin 1941, il se retrouve engagé en novembre 1942 dans les combats d’Afrique du nord, où il se fait apprécier de ses hommes par ses fréquentes visites sur la ligne de front, préférant le feu de l’action au confort des PC. Si son supérieur immédiat, le général Allen, partage la même philosophie, il n’en va pas de même de Patton, qui n’apprécie guère les deux hommes, et faisant pression sur Bradley, obtient leur mutation. Théodore Roosevelt Jr se retrouve ainsi en Angleterre pour préparer Overlord, comme adjoint du Général Barton à la 4e Division d’infanterie.

L’épisode est resté fameux (grâce – rappelons une nouvelle fois une de nos références incontournables sur les plages du débarquement – le “Jour le plus long”), Roosevelt, las de ne pas être entendu, s’est résolu à présenter par écrit sa demande à Barton afin de pouvoir mener personnellement ses hommes au combat. Ses argument étaient les suivants :
“La force et l’habileté des premiers éléments touchant la plage peuvent se révèler  déterminants pour le succès final de l’opération. Avec des troupes engagées pour la première fois, le comportement de tous sera sans doute fixé par ces premiers engagements. [Il est] à considérer que des informations précises de la situation devront être disponibles pour chaque élément successif quand il débarquera. Vous devrez avoir quand vous arriverez à terre une vue d’ensemble dans laquelle vous pourrez avoir confiance. Je crois que je peux contribuer matériellement à tout ce qui précède en allant avec les compagnies d’assaut. En outre, je connais personnellement les officiers et les hommes de ces unités de pointe et je pense qu’ils seront rassurés de me savoir avec eux.”.

Barton accepte à contre-cœur, persuadé qu’il ne reverra plus son adjoint. C’est donc appuyé sur la canne que son arthrite l’obligeait à avoir qu’il va débarquer avec la première vague, dont il est le seul officier général, le combattant le plus âgé (57 ans), et le seul dont le propre fils (Quentin Roosevelt Jr) participe également à l’assaut (à Omaha). Les barges, ayant dérivé, aboutissent plage de la Madeleine, deux kilomètres plus au sud qu’au point prévu, évitant ainsi les parties les mieux défendues de la plage. Teddy Roosevelt entreprend lui-même une reconnaissance des lieux, puis revient au point de débarquement pour prononcer la fameuse sentence : « We’ll start the war from right here ! ». (Nous commençons la guerre ici !). Il accueillera lui-même les régiments suivants, en narrant des anecdotes pour rassurer les soldats, en dépit du feu allemand. Quand Barton arrive, il ne dissimule pas son émotion : “Ted Roosevelt est arrivé. Il avait débarqué avec la première vague, avait mis mes troupes sur la plage, et avait une vue parfaite de toute la situation (tout comme il l’avait promis plus tôt si on le laissait aller à terre avec la première vague). J’ai adoré Ted. Quand j’ai finalement accepté son débarquement avec la première vague, j’étais sûr qu’il allait être tué. Lorsque je lui avais dit au revoir, je ne m’attendais pas à le revoir en vie. Vous pouvez alors imaginer l’émotion avec laquelle je l’ai salué quand il est venu à ma rencontre.” C’est en grande partie grâce à ce sang-froid et à ce courage que le débarquement à Utah est une réussite, la jonction intervenant rapidement avec les paras de la 101e puis de la 82e “Airborne”.

Tombe du Général Théodore RooseveltUn mois plus tard, en pleine bataille de Normandie, Bradley propose à Eisenhower de le nommer au grade de Major Général et de lui confier le commandement de la 90e Division d’infanterie. Lorsque Ike téléphone le matin pour approuver  ces propositions, il apprend que Teddy Roosevelt est mort dans la nuit, sous sa tente, d’une crise cardiaque. Alors qu’il allait être proposé pour la Distinguished Service Cross, on lui décerne à titre posthume la plus haute distinction militaire américaine, la Medal of Honor. Sa citation dit notamment ceci : “ Sa bravoure, son courage et sa présence à l’avant de l’attaque et son indifférence complète à être sous le feu nourri ont inspiré aux troupes des sommets d’enthousiasme et d’abnégation”.
Des années plus tard, lorsque l’on demandera au Général Bradley de citer la plus héroïque action personnelle qu’il ait vu au combat, il dira “Ted Roosevelt à Utah beach”.

Selon son souhait, il repose au milieu de ses hommes, au cimetière américain de Colleville (carré D, dernière rangée), aux côtés de son frère Quentin, transféré en 1955 à Colleville.

Dans “Le jour le plus long”, son rôle est interprété par Henry Fonda (voix française de Jean Martinelli).

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Général Huebner

général HuebnerClarence Ralph Huebner naît en 1888 dans une modeste famille du Kansas. C’est un homme du rang. Il s’engage en 1910 comme simple soldat, et n’est encore que sergent en 1916. Le premier conflit mondial lui donne l’occasion de démontrer ses qualités militaires. Au sein de la 1ère Division d’infanterie dont fait partie son régiment (le 18e RI), on lui confie bientôt des commandements (compagnie, puis bataillon, et enfin régiment) exposés. En septembre 1918, il s’illustre ainsi lors de la bataille de Saint-Mihiel puis lors de celle de la forêt d’Argonne, ce qui lui vaut plusieurs décorations. Après guerre, on le retrouve à l’école d’État-Major de Fort Leavenworth, où il sera lui-même instructeur de 1929 à 1933. Il retourne ensuite à l’infanterie, avant un passage à l’État-Major Général de l’Armée, comme responsable du service instruction (1940/1942).

En 1943, Bradley décide de le nommer à la tête de la “Big Red One”, en lieu et place du Général Allen, qui a pourtant obtenu d’excellents résultats, mais dont il apprécie peu le style de commandement, et notamment l’attitude qu’il a pu avoir eu égard à certains excès commis par ses troupes. Huebner donne un tour de vis, impose une instruction qui peut paraître étonnante à ceux qui sont déjà des vétérans confirmés, et qui n’apprécient guère. Soutenu par Bradley et Eisenhower, Huebner persiste pourtant, et le moral des troupes remonte.

En tant que chef de la division, il lui revint de conduire l’assaut sur Omaha Beach, sachant que, si la 1ère DI est chargée de la partie est de la plage (Face à Colleville et jusque Saint-Laurent) et la 29e de la partie ouest (de Saint-Laurent jusqu’à l’ouest de Vierville), le commandement des vagues d’assaut est croisé : Huebner, à la tête de la première (Force O), est secondé par Cota, adjoint de la 29e ; alors que Gerhardt, chef de la 29e, qui commande la seconde (Force B) est lui secondé par Wyman (adjoint de la 1ère). En réalité, peu de temps sépare l’arrivée des deux. Nous ne reviendrons pas sur le chaos observé, ni sur les pertes, essentiellement par noyade, enregistrées dans les premières heures (voir la page “Omaha”). Il n’empêche, même si les objectifs initiaux ne sont pas atteints, à 12 h 30, 19 000 hommes ont déjà débarqué.

On retrouve évidemment Huebner et la 1ère DI aux première loges de la bataille de Normandie, et notamment des combats pour la poche de Falaise. Plus tard, ce sera également la bataille de la forêt de Hurtgen. En Janvier 1945, il succède à Gerow, promu, à la tête du Ve corps, avec lequel il fera sur l’Elbe la jonction avec l’Armée Rouge.

Après la guerre, il sera le dernier gouverneur de la zone d’occupation américaine en RFA. Retiré du service actif en 1951, il décède en 1972, et est enterré au cimetière d’Arlington.

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Général Wyman

Willard Gordon Wyman est né à Augusta, dans le Maine, le 21 Mars 1898. Il intégre West Point dont il sort diplômé en 1919. Après un court passage en Europe au sein du corps expéditionnaire américain, il rentre aux États-Unis où il effectuera dans la cavalerie l’essentiel de sa carrière d’entre deux-guerres, si l’on excepte un séjour en Chine, de 1928 à 1932, d’abord au sein d’une mission financée par le Museum d’Histoire naturelle de New-York, puis à côté des troupes chinoises contre les Japonais lors de la bataille de Shangaï en 1932.

A l’entrée en guerre des États-Unis, il est adjoint au chef d’État-major du IXe corps d’armée, puis, après un passage à l’État-major général, est envoyé en Asie comme adjoint au chef d’État-major des forces US du théâtre d’opérations “indien” (Chine, Birmanie).

général Willard WymanEn 1942, il rejoint l’État-major des forces alliées en Europe, avant de devenir, en 1943, commandant adjoint de la 1ère Division d’Infanterie, la “Big Red One”, auprès de Huebner.  Il sera donc de l’assaut à Omaha. Nous l’avons déjà écrit (voir l’article: Général Huebner), le commandement des vagues d’assaut est croisé : Huebner, à la tête de la première (Force O), est secondé par Cota, adjoint de la 29e ; alors que Gerhardt, chef de la 29e, qui commande la seconde (Force B) est lui secondé par Wyman). Contrairement à certains de ses homologues (Cota, T. Roosevelt), qui, ayant pourtant le même statut, ont laissé une trace dans l’histoire, on sait assez peu de choses du comportement de Willard Wyman le 6 juin sur les plages du débarquement, où même dans ceux qui ont suivi.

Sans doute est-il exempt de reproches, puisque, quelques mois plus tard, on lui confie le commandement de la 71e DI (dans laquelle sert John D. Eisenhower, le fils), qu’il conduira jusqu’au cœur de l’Allemagne, et avec laquelle il libère des camps de concentration, avant de faire la jonction avec l’Armée Rouge à l’est de Linz, le 8 Mai: c’est l’unité américaine qui aura poussé le plus loin à l’est.

On retrouvera Willard Wyman lors de la guerre de Corée, pendant laquelle il commande le IXe corps, avant de rejoindre l’État-major de l’OTAN (1952-1954), puis de prendre la tête de la VIe armée. Il se retire en 1958 avec le titre de Commandant en chef des forces continentales, et meurt une semaine après son 71e anniversaire, en 1969. Il repose au cimetière d’Arlington.

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Général Ridgway

Matthew Bunker Ridgway voit le jour en mars 1895 dans une garnison, à Fort-Monroe, en Virginie, où son père, colonel d’artillerie, est alors cantonné. C’est pour faire plaisir à ce dernier qu’il se présente à West Point, qu’il intègrera à sa deuxième tentative, une faiblesse en maths l’ayant ajourné la première fois. Il en sort diplômé en 1917, et y retourne comme instructeur l’année suivante, alors qu’il aurait aimé partir pour le front en Europe.

Il y restera jusqu’en 1924. On le retrouve alors à l’école d’infanterie de Fort Benning, puis commencent ses voyages pour des affectations exotiques : la Chine, le Nicaragua, les Philippines, avant un retour au bercail pour exercer diverses fonctions d’État-Major : c’est là qu’il se trouve, à l’État-Major Général, à Washington, quand les États-Unis entrent en guerre.

En 1942, il est affecté, d’abord comme adjoint, puis comme commandant, à la tête de la 82e, avec précisément la tâche de transformer cette unité d’infanterie en unité aéroportée. Il participe à la planification des opérations aéroportées du débarquement en Sicile en 1943, dans lesquelles il mène au combat sa division. Lors de l’invasion de l’Italie, la 82e est prévue pour accomplir l’opération Giant II : la prise de Rome, ce qui suppose un parachutage au beau milieu d’une zone où stationnent deux divisions allemandes : Ridgway dénonce ce plan trop suicidaire à son goût et l’opération est finalement annulée (Rome sera délivrée par voie terrestre par la Ve armée US du Général Clark et les troupes françaises du Général Juin).

Général RidgwayOn retrouve bien entendu le Général Ridgway pour la préparation et l’exécution de la partie aéroportée du débarquement : l’opération Boston pour la 82e : la mission de la division, répartie en trois forces (la A, parachutée, commandée par Gavin, la B, en planeurs, dirigée par Ridgway, et la C, par mer,  menée par Howell), consiste à s’emparer d’une zone d’un peu plus de 25 km2 autour de la rivière Merderet, à prendre le contrôle de Sainte-Mère Eglise, des routes et des ponts, notamment à La Fière et Chef-du-Pont, et d’établir une ligne de défense allant de Gourbesville à Sainte-Croix Renouf. Malgré des pertes sévères, c’est un succès.

Pertes conséquentes encore dans les semaines qui suivent, au cours desquelles la division n’est pas ménagée lors de la bataille pour Cherbourg. Fin août, Ridgway est promu à la tête du XVIIIème corps aéroporté, qu’il commandera jusqu’à la fin de la guerre en Europe, notamment aux Pays-Bas lors de l’opération Market Garden, dans les Ardennes, en Allemagne enfin. Il est ensuite envoyé sur le théâtre du Pacifique, où il termine le conflit comme adjoint de Mac Arthur.
Après avoir occupé plusieurs hauts commandements, Ridgway est nommé en 1950 à la tête de la VIIIème armée, laquelle se bat en Corée. Mac Arthur, commandant en chef du théâtre des opérations (et à qui il succèdera dans cette fonction en avril 1951), lui laisse la bride sur le cou. Ridgway remonte le moral des troupes et réussit à inverser la tendance, reprenant Séoul et repoussant les troupes chinoises et nord-coréennes au-delà du 38e parallèle.

Quand il prend, en mai 1952, son commandement suivant, Commandant suprême des forces alliées en Europe, Ridgway est accueilli à Paris par des manifestations organisées par le Parti Communiste, qui l’accuse d’avoir employé en Corée des armes bactériologiques (“Ridgway la Peste”). Cette affirmation, contestée par l’Armée US, n’a jamais pu être démontrée.

En mai 1953, il reçoit sa dernière affectation : chef d’État-Major de l’armée des États-Unis. Sondé par Eisenhower sur un éventuel engagement en Indochine aux côtés de la France, Ridgway prévoit un engagement massif, persuadé que la puissance aérienne, voire nucléaire, ne dispense pas de forces au sol pour contrôler territoires et populations. Eisenhower (qui ne partage pas ce point de vue), renonce alors à intervenir. Les désaccords entre les deux hommes se multiplieront – il en sera de même avec le successeur à ce poste de Ridgway – son ancien chef d’État-Major, Maxwell Taylor bien que Ike ait fait une fleur à Ridgway en repoussant l’âge de la retraite pour qu’il puisse rester en poste et terminer son mandat. Il quitte le service actif en juin 1955.

Sa retraite n’est pas inactive : auteur, conférencier, administrateur de sociétés, c’est un conseil qui fait autorité en la matière : le Président Johnson le consultera sur l’engagement au Vietnam, dans lequel Ridgway (nous sommes alors au début de 1968) mettait en garde contre une éventuelle escalade.

Il est décédé chez lui, à Fox Chapel, dans la banlieue de Pittsburgh, à l’âge respectable de 98 ans, en 1993, et est enterré au cimetière d’Arlington.
Colin Powell, qui fit son éloge funèbre, dira de lui : “Aucun soldat n’a jamais accompli son devoir mieux que cet homme. Aucun soldat n’a jamais défendu son honneur mieux que cet homme. Aucun soldat n’a jamais aimé son pays plus que cet homme ne l’a fait. Chaque soldat américain a une dette envers ce grand homme.”

Il avait publié peu après sa retraite son autobiographie : “Soldat: les mémoires de Matthew B. Ridgway”.

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Général Gavin

Voilà un personnage taillé pour la légende ! D’abord, les circonstances qui entourent sa prime enfance ne sont pas vraiment claires : né à Brooklyn le 22 mars 1907, il est baptisé sous le nom de James Nally Ryan. Il est placé très rapidement en orphelinat, où, en 1909, l’adoptent Martin et Mary Gavin, une famille de mineurs de Pennsylvanie, dont il portera désormais le nom : James Maurice Gavin.

Général GavinIl décroche son premier petit boulot à dix ans, en distribuant les journaux, et se passionne à leur lecture pour tout ce qui touche au premier conflit mondial. Il s’oriente ensuite vers la coiffure. La clientèle est essentiellement composée d’anciens mineurs : il se convainc de ne pas faire le métier de son père. Dans le même temps, ce qu’il apprend à l’école sur la guerre de sécession semble bien décider de sa future vocation. La famille peinant à boucler ses fins de mois, Gavin quitte l’école prématurément, dès 14 ans, pour travailler dans un magasin de chaussures (pour 12,50 $ par mois). Ce sera ensuite une compagnie pétrolière. Le jour de son 17ème anniversaire, il prend le train de nuit pour New-York, télégraphie à ses parents pour les rassurer, leur demandant de ne pas prévenir la police et leur promettant de trouver un travail sur place.

Il se présente dans un bureau de recrutement : l’âge légal pour s’engager est de 18 ans, sauf consentement parental. Sachant qu’il ne l’obtiendra pas, Gavin se déclare orphelin : il peut alors s’enrôler comme simple soldat. Affecté dans l’artillerie côtière, il se retrouve à Panama. Décelant son potentiel, ses chefs l’encouragent à suivre une académie militaire locale, dont les meilleurs élèves possèdent une chance d’intégrer West Point. Il y arrivera en 1925. Là, il travaille d’arrache-pied pour compenser, en dehors des cours, son déficit en enseignement général.

Il sort diplômé en 1929 et rejoint le camp Jones en Arizona. Celui-ci abrite des régiments entièrement composés de soldats noirs : c’est de ce moment que Gavin dénonce la ségrégation qui règne encore au sein de l’armée.

C’est ensuite l’école d’infanterie de Fort Benning, un séjour en régiment, avant un passage aux Philippines de 1936 à 1938 puis un retour au pays au sein du 7e RI.
En 1940, à nouveau West Point, comme instructeur cette fois, à l’école de tactique, où il mène une réflexion sur l’arme aéroportée. C’est elle qu’il rejoint en 1941. Après une période d’instruction spécifique, il prend le commandement d’une compagnie du 503e Régiment d’Infanterie Parachutiste. Il rédige un livre : Tactique et techniques des troupes aéroportées, fait un passage à l’école d’État-Major, et prend en juillet le commandement du 505e PIR.

Proche de ses hommes, montrant l’exemple et payant de sa personne, Gavin forge une unité d’élite. Il persévérera de plus belle lorsque, en février 1943, il apprend que la 82e Airborne dont fait partie son régiment a été choisie pour le prochain débarquement en Sicile. De fait, le 10 juillet, le 505e est aux premières loges : comme cela se reproduira en Normandie un an plus tard, une météo exécrable a dispersé les planeurs : les unités sont disséminées, ce qui fait croire aux Allemands qu’elles sont partout. Une fois encore, Gavin est le premier engagé dans les combats : avec une poignée d’hommes, il fait des prouesses face aux Panzers, et tient bon jusqu’au moment où les blindés le renforcent enfin. Il y obtient la Distiguished Service Cross.

En octobre 1943, devenu Général, il est affecté comme commandant en second de la 82e, avec laquelle il va donc préparer le Jour J.
L’objectif de la division, organisée en trois forces (la A, parachutée, commandée par le Général Gavin, la B, en planeurs, menée par Ridgway, et la C, par mer, dirigée par Howell), consiste à : prendre possession d’une zone d’environ 25 km2 entourant la rivière Merderet, le contrôle de Sainte-Mère Église, des routes, des ponts, en particulier à La Fière et Chef-du-Pont, et de bâtir une ligne défensive allant de Sainte-Croix Renouf à Gourbesville.

Nous ne reviendrons pas sur le détail des opérations (voir le dossier sur les opérations aéroportées), la grande dispersion des combattants et leurs difficultés à se regrouper pour atteindre tous leurs objectifs. Tous ceux du premier jour n’ont pas été atteints, mais la tête de pont a résisté efficacement, et Sainte-Mère Église est libérée. En août, lorsque Ridgway est promu à la tête du XVIIIème corps aéroporté, Gavin lui succède au commandement de la division, devenant ainsi le plus jeune chef de division de la guerre : il n’a que 37 ans !

On le retrouve sautant sur les Pays-Bas avec sa division (d’où son surnom de “Jumping Jim”) lors de l’opération Market Garden. Atterrissant sur un sol en dur, il se blesse au dos, consulte, mais on lui assure que tout va bien. Ce n’est que 5 ans plus tard qu’on découvrira qu’il s’est en réalité fracturé deux disques lombaires ! La 82e quitte les Pays-Bas en novembre pour se reconstituer dans ses cantonnements français. Pour peu de temps : en décembre, la contre-offensive allemande dans les Ardennes l’envoie à la rescousse : Gavin et la 82e contiennent les Allemands à La Gleize, où ils n’arriveront jamais à percer : pendant que la 101e, encerclée à Bastogne, tient la place, c’est à la 82e que revient la lourde tâche de stopper l’avance des Panzerdivisions. Elle y arrivera ; le 26 décembre, les chars de Patton mettent fin au siège.
En avril 1945, la 82e est sur l’Elbe. Quelques jours avant l’armistice, elle libère le camp de concentration de Neuengamme, avant de faire la jonction avec l’Armée Rouge.

Après la guerre, Gavin exercera plusieurs hauts commandements ( Ve armée, VIIème corps) avant de devenir, en 1955, chef de la recherche et du développement de l’US Army. Là, il joua un rôle clé dans la mise sur pied de ce que l’on appela la Pentomic Division, unité alliant des moyens conventionnels perfectionnés à la possibilité d’employer des armes nucléaires tactiques.

Il quitte l’armée en 1958 (à seulement 51 ans) et est aussitôt recruté par la société Arthur D. Little Inc., cabinet international de conseil en gestion. Entré comme vice-président, il en deviendra président et restera président du conseil d’administration jusqu’en 1977, date à laquelle le Président Jimmy Carter l’estime trop âgé pour lui confier la direction de la CIA. On notera toutefois une parenthèse d’un an dans cette carrière dans le privé : de 1961 à 1962, à la demande du Président Kennedy, il accepte le poste d’ambassadeur des États-Unis en France. JFK voit là un moyen de renouer des relations plus chaleureuses avec la France de Charles de Gaulle : son calcul s’avéra efficace.
Le “Général sautant“ (“Jumping General”) meurt le 23 février 1990, un mois avant son 83e anniversaire. Il est enterré à West Point, dans la “Old Chapel”.

Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment :

  • La guerre aéroportée (1947)
  • Guerre et paix à l’âge spatial (1958)
  • La crise maintenant (1968)
  • A Berlin : les batailles d’un commandant de troupes aéroportées : 1943-1946 (1976).

Chaque 6 juin, des membres de sa famille, accompagnés d’associations d’anciens de la 82e, viennent se recueillir sur sa tombe.
La rue qui mène au pont de Nimègue (opération Market Garden) porte son nom.
Dans la ville de Mont Carmel, où il passa son enfance, un mémorial lui est dédié, ainsi qu’à Osterville, Massachussets, où il avait l’habitude de passer l’été en famille.

Dans “Le jour le plus long”, son rôle est interprété par Robert Ryan, qui est âgé de 53 ans au moment du tournage, quand Gavin en avait 37 (voix française de Raymond Loyer) ; et dans “Un pont trop loin”, par Ryan O’Neal, qui lui en a alors 36 (voix française de Bernard Murat).

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Général Taylor

Maxwell Davenport Taylor naît en août 1901 dans le Missouri. Ce fils d’avocat, dont on dit que sa vocation militaire lui vint des récits de sa grand-mère qui avait connu la guerre de sécession, possède un profil pour le moins atypique au sein de l’armée. C’est un lettré : il parle le français et l’espagnol, mais pratique aussi le latin et le grec. Il entre malgré tout à West Point, dont il sort plus jeune diplômé en 1922, pour rejoindre le Génie. Commence alors une carrière somme toute assez peu militaire : ayant été reversé dans l’artillerie, il se retrouve en 1927 en poste à Paris, avant de retourner à West Point, comme professeur cette fois, de français, puis d’espagnol.Maxwell Davenport Taylor

Il sera par la suite envoyé à l’ambassade des États-Unis à Tokyo pour y apprendre le japonais, puis nommé attaché militaire à Pékin. Ce sont ensuite des fonctions d’État-major, à l’Etat-Major Général d’abord, puis, en 1942, comme chef d’État-major de la 82e Airborne. C’est avec elle (il commande désormais l’artillerie divisionnaire) qu’il participe à ce qui constitue pour lui le baptême du feu : le débarquement en Sicile puis en Italie (juillet-septembre 1943).

Peu de temps après, ses compétences particulières lui valent d’être désigné pour une mission hautement périlleuse : très loin des lignes, en terrain ennemi (tout en portant l’uniforme pour ne pas risquer l’exécution comme espion en cas de capture), prendre contact avec le nouveau gouvernement italien (le Maréchal Badoglio) pour préparer avec lui une opération coordonnée sur Rome en liaison avec les forces italiennes. L’opération est annulée à la toute dernière minute, les Allemands ayant investi les zones de parachutage. Les avions ont pourtant déjà décollé : c’est en vol que leur parvient le contre-ordre de Taylor, qui évite ainsi un massacre.
En mars 1944, il est promu commandant de la 101e Airborne, qui prépare en Angleterre le futur débarquement. C’est donc à sa tête qu’il saute le 6 juin, devenant du même coup le premier général allié à poser le pied dans notre pays (la 82e est parachutée avec une heure de décalage).

Nous ne reviendrons pas sur la description des opérations (voir la rubrique “Opérations aéroportées”) au sein desquelles règne la plus grande confusion, mais où les unités finissent malgré tout par s’agréger, fût-ce avec d’autres que celles qui étaient prévues. Taylor forme ainsi avec le lieutenant-colonel Ewell (501e PIR) et le général Mac Auliffe (commandant l’artillerie divisionnaire) une colonne qui s’empare de Poupeville, première sortie d’Utah Beach, et fait la jonction avec les troupes débarquées vers 13 h. Taylor mènera sa division tout au long des futurs combats, notamment le siège de Carentan, jusqu’à sa relève fin juin.

L’histoire a bien failli se terminer pour lui plus tôt : lors de la cérémonie de libération de la ville, le 24 juin, il est pris pour cible par un tireur allemand embusqué, lequel abat la fillette qui lui remettait un bouquet de fleurs. On le retrouve avec sa division lors de l’opération Market Garden (voir l’article consacré à Montgomery), mais, par un concours de circonstances, il va manquer ce qui constitue un des plus hauts faits d’armes de la 101e, le siège de Bastogne : retenu pour une quinzaine de jours par une conférence d’État-major aux États-Unis, il a laissé le commandement à Mac Auliffe. C’est ce dernier qui répondra à la proposition de reddition du commandant allemand par le fameux “Nuts” (littéralement : “des noix”, mais que nous traduirions plutôt par “des clous”)
Après la guerre, il prend pour quatre ans la direction de West Point, avant de devenir chef d’État-major des forces en Europe, Commandant en chef à Berlin, puis, de 1953 à 1955, chef de la VIIIe armée lors de la guerre de Corée.
De 1955 à 1959, il est Chef d’État-major de l’Armée, poste dans lequel ses relations avec Eisenhower, devenu, lui, Président, vont se détériorer : les deux hommes n’ont pas la même conception en matière d’équilibre entre forces nucléaires et conventionnelles. Taylor se retire ainsi du service actif.
Kennedy va l’y rappeler. Il le charge d’abord d’une mission d’enquête sur l’échec du débarquement de la baie des cochons, puis, en 1962, le nomme Chef d’État-major des Armées, poste dans lequel il réussit à convaincre JFK, pourtant opposé, à envoyer des troupes au Vietnam.

Il quitte l’armée en 1964 pour devenir ambassadeur au Sud-Vietnam (jusqu’en 1965), et restera conseiller spécial du Président (Lyndon B. Johnson) jusqu’en 1969. Il meurt à Washington en Avril 1987, et est enterré au cimetière d’Arlington (photo).tombe Taylor Arlington

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John Steele

Né en novembre 1912 dans l’Illinois, (son père est capitaine d’un des bateaux qui sillonnent le Mississipi) John Marvin Steele est probablement le « simple soldat » le plus connu parmi tous ceux qui participèrent au débarquement. Il doit bien entendu sa célébrité à un film : “Le jour le plus long”.

Lorsque les États-Unis entrent en guerre, John Steele s’engage dans les troupes aéroportées (deux de ses frères vont également sous les drapeaux, dont l’un ne reviendra pas) et intègre ainsi la 82e DI, et plus précisément le 505ème Régiment d’Infanterie Parachutiste. Il sert de grand frère à la plupart de ses camarades qui ont souvent dix ans de moins que lui, et est aussi le coiffeur de sa compagnie.

Avec celle-ci, il est de la campagne en Afrique du Nord, en mai 1943. En Juillet, c’est le débarquement en Sicile. Il s’y casse la jambe et doit être rapatrié en Afrique du Nord. Il est remis sur pied pour participer aux opérations en Italie en septembre, avant de rejoindre l’Angleterre pour préparer le débarquement en novembre 1943.

clocher sainte mere egliseIl fait donc partie des paras qui arrivent sur la place de Sainte-Mère-Église cette fameuse nuit. A partir de là, plusieurs versions de son aventure existent *. Une chose est certaine, un incendie faisant rage sur la place, tout le monde est debout, habitants du village comme troupes allemandes : les paras qui terminent leur chute constituent une proie rêvée : John Steele est blessé au pied, par une balle pour certaines versions, par un éclat d’obus de la Flak (défense anti-aérienne) allemande pour d’autres. N’arrivant plus à guider son parachute, il termine sa course sur le clocher de l’église, mais (et ici les versions concordent) du côté opposé à la place. C’est Darryl Zanuck, pour le tournage du “Jour le plus long”, qui trouvera plus intéressant d’imaginer de l’accrocher côté place. L’idée a fait souche, puisque, encore aujourd’hui, un parachute et un mannequin sur le clocher de ce côté rappellent l’épisode.

Tentant d’abord de se libérer, notamment en découpant ses sangles à l’aide de son couteau, Steele n’y parvient pas : son couteau lui échappe ! Il a alors la présence d’esprit de faire le mort. Il restera ainsi suspendu deux heures avant que, profitant d’une accalmie dans les combats, deux soldats allemands ne viennent le décrocher.
Le voilà donc prisonnier. Pour peu de temps : trois jours plus tard, il s’évade et parvient à rejoindre son régiment !  Transféré dans un hôpital en Angleterre, il sera à nouveau opérationnel pour l’opération Market Garden en septembre et participe à la libération de Nimègue. Il termine la guerre sur l’Elbe où sa division opère la jonction avec l’Armée Rouge.

john steele avant l'assaut

John Steele, et trois camarades avant l’assaut, lui seul survivra.

Réaffecté un temps à la 17e Division aéroportée, il regagne les États-Unis pour y être démobilisé en septembre 1945. Il finira le conflit, pendant lequel il obtient deux décorations : la Bronze Star (bravoure) et la Purple Heart (blessures), avec le grade de sergent.
John Steele est ensuite souvent revenu à Sainte-Mère l’Église, notamment pour les commémorations chaque 6 juin. Il avait d’ailleurs émis le souhait d’être enterré en Normandie. La photographie ci-contre est extraite du site de la 505e RCT.

Son vœu ne sera malheureusement pas exaucé. Ce combattant plusieurs fois blessé, qui avait vu la mort de près, meurt d’un cancer de la gorge à seulement 57 ans, le 16 mai 1969, dans sa ville de Fayetteville, en Caroline du Nord, et est enterré au cimetière maçonnique de Metropolis (Illinois), sa ville natale.

Dans le film, son rôle est interprété par Red Buttons (voix française de Guy Pierauld).
A Sainte-Mère Église, un hôtel-restaurant installé dans un ancien relais de poste du XVIIIème siècle (murs de pierres, poutres apparentes, etc..) à deux pas du clocher, lui a dédié son enseigne : c’est l’Auberge John Steele.

* on notera, ce qui paraît pour le moins curieux, qu’Alexandre Renaud, maire du village à l’époque, lorsqu’il publie son ouvrage : “Sainte-Mère Église, première tête de pont américaine en France”, ne parle pas de John Steele.

Colonel Canham

Charles Draper William Canham n’est encore que colonel le 6 juin 1944. Ce futur officier général est sorti du rang. Il s’est en effet engagé dans l’armée à dix-huit ans, en 1919. Il devient sous-officier, puis, en 1921, est admis à West Point dont il sortira en 1926. C’est en Asie qu’il servira avant le second conflit mondial : on le trouve ainsi aux Philippines et à Shangaï, où il est en poste au début de 1932 au moment des incidents sino-japonais. Il obtient ses galons de colonel en 1942, et on lui confie le commandement du 116e Régiment d’Infanterie juste avant que ce dernier ne parte pour l’Angleterre.

colonel canhamC’est à la tête de ce régiment, fer de lance de la 1ère Division d’infanterie (“The Big Red One”) qu’il débarque à Omaha, son unité ayant été choisie pour mener l’assaut de la première vague. Nous avons évoqué déjà (voir l’article consacré à Omaha beach) le véritable massacre qui décime les assaillants dès leurs premiers pas sur la plage, ou même avant, illustré au cinéma par “Le jour le plus long”et surtout “Il faut sauver le soldat Ryan”. A peine a-t-il débarqué que Canham lui-même est blessé au poignet. Cela ne l’empêche pas de demeurer à son poste pour galvaniser le moral de ses hommes, secouant aussi par des mots bien sentis des subalternes trop timorés à ses yeux, insouciant dans tous les cas du feu adverse. Un homme de son état-major ira même jusqu’à dire : “C’était l’enfer, mais j’ai avancé. J’avais plus peur du colonel Canham que des Allemands !”

Il fait véritablement partie des quelques individus qui, ce matin là, ont retourné une situation pourtant diablement mal engagée. Ce comportement, ainsi que son action dans la prise de Saint-Lô, lui ont valu d’obtenir la  “Distinguished Service Cross”. Promu Général peu de temps après, il devient adjoint au commandant de la 8e Division d’Infanterie, à laquelle il fournira (involontairement) sa devise : au terme de la bataille pour la prise de Brest, dans le cadre de l’opération Cobra, Canham se présente au Général Ramcke, lequel lui demande de lui présenter ses lettres de créance fixant les conditions de reddition. Désignant les soldats qui l’accompagnent, crottés et épuisés par des semaines de combat, Canham répond : “These are my credentials”, que l’on peut traduire par “ce sont eux mes lettres de créance”. Ces propos sont vite relayés par le New-York Times qui en fait l’un des plus beaux hommages jamais rendu par un chef à ce qui fait après tout l’essentiel de la force d’une armée : la qualité de ses (simples) soldats.

Et donc, la 8e DI en fera sa devise. Elle se passera bientôt de son chef, qui, après la guerre, bardé de décorations, prend successivement le commandement de la 82e “Airborne”, de la 3e DI, et enfin du 3e corps d’armée. Il quitte le service actif en 1960 (après 41 ans de service donc !) et décède trois ans plus tard, à seulement 62 ans. Il est enterré au cimetière d’Arlington.

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Colonel Taylor

Georges Arthur Taylor naît le jour de la Saint-Valentin 1899 dans un petit village de l’Illinois : Flat Rock. Diplômé de West Point dont il sort en 1922, il choisit l’infanterie. Les années 30 lui valent différentes affectations dans des unités de cette arme sur le territoire des Etats-Unis, avec un passage à l’école d’État-Major de Fort Leavenworth. Après un séjour aux Philippines, il obtient sa première affectation au sein du 16e Régiment d’infanterie qu’il commandera plus tard, comme officier de renseignement.

Au moment de l’entrée en guerre des USA, il est instructeur à l’école de l’infanterie installée à Fort Benning, en Georgie. Envoyé après Pearl Harbour comme officier d’État-Major en Afrique du Nord, il prend pour à peine trois mois le commandement du 26e RI, avant d’arriver à la tête du 16e en avril 1943. C’est avec lui qu’il fera la campagne de Sicile, et avec lui qu’il débarque le 6 juin. Il arrive à Omaha Beach avec la deuxième vague, vers 8 heures.

colonel TaylorLui aussi, comme son collègue Canham, saura redresser le moral d’hommes en état de choc, littéralement cloués sur la plage. C’est à lui que l’on doit la fameuse phrase : “ Il y a deux sortes de gens qui vont rester sur cette plage, ceux qui sont déjà morts, et ceux qui vont mourir. Foutons le camp d’ici !” Son attitude lui vaudra la “Distinguished Service Cross”. Dans sa citation, on peut lire : “Des milliers d’hommes étaient entassés sur une tête de pont étroite, leur organisation et leurs chefs abattus par le désastreux feu de l’ennemi“. Sans hésitation, sans se soucier des tirs de mitrailleuses qui balayaient la plage, le colonel Taylor a commencé à réorganiser les unités. Bien que continuellement exposé à ce feu meurtrier, le colonel Georges Arthur Taylor n’a jamais relâché ses efforts pour diriger et coordonner l’attaque. Par son initiative et son leadership, il a été en mesure de dégager une issue et de faire sortir les groupes d’hommes de la plage encombrée. Ce fut la seule issue ouverte au début de l’assaut et les événements ultérieurs ont montré que ce fut l’un des points les plus vitaux contribuant à la réussite de cette opération.

Dans “Le jour le plus long”, les scénaristes ont en quelque sorte fusionné son personnage avec celui du Général Cota, interprété par Robert Mitchum, les deux ayant joué des rôles similaires, dans des secteurs différents de la plage d’Omaha.

Il obtient ses étoiles de Brigadier Général le 1er Août 1944 et devient commandant adjoint de la 4e DI, avec laquelle il participe à la libération de Paris puis à la prise du pont de Remagen. Revenu à la 1ère DI comme commandant adjoint, il reçoit, dans les derniers jours de la guerre, la reddition du XIIème corps d’armée allemand, près de Karlovy Vary, en Tchécoslovaquie. Découvrant l’acte de reddition sur lequel le Général allemand Osterkamp a fait figurer comme lieu de signature “Elbogen, territoire des Sudètes” (Sudetenland), il raye la mention et la remplace par “Loket, Tchécoslovaquie”, rendant à la localité son nom d’avant l’annexion nazie, ce qui lui vaudra un grand respect dans le pays. Il se retire pour raisons de santé en 1946 et, après avoir été victime en 1960 d’un accident vasculaire cérébral, décède en Californie, à Palo Alto, en décembre 1969.

Sa page Wikipédia d’où vient d’ailleurs la photographie.

Colonel Rudder

colonel RudderJames Earl Rudder naît au Texas en mai 1910. Ce n’est pas un militaire de carrière, mais un enseignant. En 1932, il sort diplômé de la “Texas A & M University”, l’université d’agriculture et de mécanique du Texas. Au cours de cette même année, il devient officier de réserve avec le grade de sous-lieutenant. Il débute sa carrière de professeur en 1933, à la High School de Brady, dont il entraîne aussi l’équipe de football (US bien entendu). Il y restera six ans, avant de prendre des fonctions identiques au collège d’enseignement agricole de Tarleton, toujours au Texas.
Appelé au service actif après l’entrée en guerre des États-Unis, il est nommé en 1942 commandant du 2e Bataillon de Rangers. Sa mission va donc consister, le 6 juin à l’aube, à s’emparer de la pointe du Hoc.
Rappelons brièvement l’importance stratégique de cet emplacement : situé à un peu plus de 6 km à l’ouest d’Omaha Beach, il menace par ses canons de 155 mm les plages d’Omaha et d’Utah. L’État-major ayant estimé que les bombardements, tant aérien que naval, ne seraient pas suffisants pour les détruire, il faut prendre d’assaut la falaise, à l’aide d’échelles (empruntées aux pompiers de Londres), de cordes et de grappins. C’est sur l’île de Wight qu’a lieu l’entraînement.
Le jour venu, lors du briefing qui se déroule à bord du bateau qui amène les Rangers sur place, il est fait état de renseignements transmis par la Résistance française, selon lesquels les canons auraient été déplacés, ce qui se confirmera par la suite, mais n’influe pas néanmoins sur la suite des évènements. L’assaut doit normalement être mené par le Major Lytle, à la tête de trois compagnies. Lors de ce même briefing, celui-ci, semble-t-il sous l’emprise de l’alcool, crie haut et fort que cette attaque est inutile et va tourner au massacre. Le jugeant incapable de poursuivre sa mission dans ces conditions, Rudder le relève de son commandement et prend lui-même les choses en main (Lytle sera ensuite affecté dans une autre unité).
Pour le déroulement plus complet de l’assaut, consulter notre page consacrée à la Pointe du Hoc.
Sept mois plus tard, Rudder est nommé commandant du 109e Régiment d’Infanterie, que l’on va retrouver, au sein de la 28e DI, lors de la bataille des Ardennes. De Clervaux à Diekirch, c’est lui qui contiendra l’avance allemande jusqu’à l’arrivée des renforts. Rudder terminera la guerre avec le grade de colonel. La paix revenue, il redevient réserviste, et sera promu Général de Brigade en 1954, puis de Division en 1957.
Dans le civil, Rudder se lance dans la politique sous l’étiquette du Parti Démocrate. Il sera notamment maire de sa ville de Brady. En 1958, il devient vice-président de l’Université dans laquelle il avait fait ses études, et en deviendra ensuite président jusqu’à sa mort. Grâce à ses réformes, et sous son impulsion la “Texas A & M University” devient une institution particulièrement renommée.
Il meurt le 23 mars 1970, des suites d’une hémorragie cérébrale.
On notera que parmi toutes les réalisations qui portent son nom figurent plusieurs écoles.

On pourra déplorer que son personnage ne soit pas repris dans “Le jour le plus long”, lequel a préféré mettre davantage en valeur les Rangers… anonymes.

Sa page Wikipédia où vous retrouvez la photographie.

Lieutenant-Colonel Vandervoort

Cet officier supérieur ne serait sans doute jamais passé à la postérité sans le livre de Cornélius Ryan, puis le film que Darryl Zanuck en tirera en 1962. Dans “Le jour le plus long”, il est en effet interprété par John Wayne, rien de moins !

Benjamin Hayes Vandervoort, surnommé « Vandy« , est né en mars 1915. Au moment du débarquement, il a donc 29 ans (et est déjà Lieutenant-Colonel), alors que John Wayne, qui l’incarne, en a lui 55 au moment du tournage !

Engagé comme simple soldat en 1937, il est promu sous-lieutenant en 1938. A l’été 1940, il rejoint les troupes aéroportées alors en constitution. Commandant d’une compagnie du 505e PIR (Régiment d’Infanterie Parachutiste), il rejoint en 1943 le 504e comme officier chargé des opérations : c’est à ce titre qu’il participe au débarquement en Sicile (juillet), puis en Italie (septembre). En 1944, devenu Lieutenant-Colonel, il rejoint le 505e comme chef de bataillon (le 2e), avec lequel il va donc sauter sur Sainte-Mère-Église. Il se casse la cheville à l’atterrissage, et réquisitionne une charrette à bras pour se déplacer, tirée par deux soldats qui n’appartiennent d’ailleurs pas à son régiment, mais à la 101e. Il fait progresser ses hommes vers Neuville au Plain, avant d’arriver plus tard à Sainte-Mère Eglise, libérée entre 4 et 5 heures du matin par le 3e bataillon du Colonel Krause. Le soir du 6 juin, le 505e, qui a bénéficié des meilleures conditions de largage (75 % des hommes ont atterri au point prévu), est celui qui a le mieux atteint ses objectifs.
Vandy” a à peine le temps de se remettre que le voilà, comme toute la 82e, reparti pour l’opération “Market Garden”. C’est lui qui, après avoir contenu les Allemands à l’est de Nimègue, mène l’assaut sur le pont qui enjambe le fleuve Waal, pendant qu’un bataillon du 504e franchit le fleuve (épisode repris dans “Un pont trop loin” où Robert Redford incarne le Major du 504e menant la traversée du fleuve).

C’est ensuite la bataille des Ardennes, pendant laquelle Vandervoort est sérieusement blessé par un tir de mortier. Le conflit se termine pour lui de cette façon. Promu Colonel en juillet 1946, il quitte le service actif un mois plus tard.

Après un passage à l’université, il rejoint le Foreign Office en 1947, et va dès lors occuper plusieurs postes tant diplomatiques que militaires, en étant notamment conseiller auprès du Commandant des Forces de l’ONU en Corée, attaché militaire à l’ambassade des USA à Lisbonne, pour finir par rejoindre la CIA de 1960 à 1966.

Il meurt à l’âge de 75 ans, des suites (un comble quand on connaît son histoire !) d’une… mauvaise chute, dans la maison de retraite où il passait ses vieux jours.
Le Général Ridgway dira de lui qu’il était un des plus durs et des plus braves chefs qu’il ait jamais connus (“one of the bravest and toughest battle commanders I ever knew”).

lieutenant colonel vandervoortLors de cette remise de décoration par le Général Bradley au Général Gavin, on reconnaît à droite le Lt-Colonel Vandervoort (au centre, le Lt-Colonel Krause). Crédit photo.

Général Pratt

Don Forester PrattDon Forester Pratt est né en juillet 1892 à Brookfield, dans le Missouri. Il s’engage dans l’armée en août 1917, à la suite de l’entrée en guerre des États-Unis. C’est un fantassin : après un séjour en Chine de 1932 à 1936, il passe quatre années à l’école d’infanterie de Fort Benning, comme instructeur, avant de devenir chef d’Etat-Major de la 43e DI, puis, en août 1942, de rejoindre la 101e Division qui, comme sa consoeur la 82e, est alors transformée en unité aéroportée. En septembre 1943, il en devient commandant en second.

Le commandant en chef est alors le Général William C. Lee. Ce dernier, souffrant de graves problèmes cardiaques, doit rentrer aux États-Unis en février 1944. Pratt pense alors lui succéder, mais Eisenhower lui préfère Maxwell Taylor, alors commandant de l’artillerie de la 82e.

Pour le débarquement, la tâche qui lui est assignée peut apparaître comme de “seconde zone“: commander les éléments du train et les renforts de la division qui arriveront par la mer. Il reçoit néanmoins l’autorisation de faire partie de la première vague, et embarque comme passager à bord d’un planeur Waco, piloté par le Lieutenant-Colonel Murphy, lequel était considéré avant-guerre comme un des meilleurs acrobates du pays.

Entre 3 h 45 et 4 h, le planeur se pose comme prévu dans la nature à quelques trois kilomètres de Sainte-Marie du Mont. Mais, au moment d’actionner les freins, ceux-ci sont sans effet : le planeur glisse sans ralentir sur l’herbe humide pendant plus de 200 mètres, avant de venir percuter une haie de peupliers. Le choc est rude : le pilote a les jambes cassées, le co-pilote est tué par une branche qui traverse le cockpit, et Pratt, installé sur une jeep à l’intérieur de l’appareil , a la nuque brisée. Il est le plus haut gradé – et le seul officier général- à périr ce 6 juin.

Enveloppé dans un parachute, il est enterré alors qu’aux alentours les combats font rage. Il restera dans cette sépulture provisoire jusqu’à la fin de la guerre. Depuis 1948, il repose au cimetière d’Arlington.

La scène de l’atterrissage du planeur a été reprise dans “Il faut sauver le soldat Ryan”, Pratt étant rebaptisé Amend.

La page Wikipédia de Pratt (en anglais) où vous retrouvez sa photographie.