Le commando Kieffer (dernière partie)

L’actualité (cf In Memoriam) nous a conduits à publier ce jour notre quatrième et dernier volet de votre dossier sur les français du Jour J, celui sur le commando Kieffer.

Le 1er Bataillon de Fusiliers-Marins Commandos, placé dès l’origine sous le commandement de l’enseigne de Vaisseau Phillipe Kieffer, a été constitué en Grande-Bretagne et intégré à la 1st Special Service Brigade, commandée par Lord Lovat (voir Sword beach).

Ces commandos répondent à une nécessité très tôt entrevue : le jour de l’assaut contre la « forteresse Europe », les Alliés auront besoin de petites unités, légères et mobiles, capables de mener des actions de destruction ou de renseignement derrière les lignes ennemies. Dès le printemps 1942, le Général De Gaulle demande à l’amirauté britannique qu’un commando français de 400 hommes existe au sein de ces forces spéciales. Les Britanniques saisissent l’opportunité d’autant plus volontiers que l’on sait déjà – même si l’on ne sait pas exactement où – qu’un débarquement de grande ampleur aura lieu en France : des soldats parlant la langue – voire connaissant le pays – sont donc les bienvenus.

Commandant Philippe Kieffer

commandant Philippe Kieffer et son commandoPhilippe Kieffer sera leur chef. Fils d’une mère anglaise et d’un père alsacien ayant fui l’annexion, il naît le 24 Octobre 1899 à Haïti. Après des études à Jersey et à Paris, il se lance dans la banque, à Haïti d’abord, puis en Amérique du Nord. Officier de réserve, il se présente comme volontaire et entre dans la Marine dès septembre 1939 comme officier du chiffre et interprète, puisque parfaitement bilingue. C’est à ce titre qu’il participe à l’opération Dynamo, l’évacuation de Dunkerque. Dès le 19 juin 1940, il part pour Londres et s’engage dans les Forces Navales Françaises Libres le jour même de leur création , le 1er Juillet.

En 1942, il constitue dans les environs de Portsmouth, avec quelques poignées de volontaires, la 1ère “troop” de commandos français. Ses hommes, dont près d’un tiers sont bretons (figure notamment parmi eux Gwen-Aël Bolloré, futur chef de l’entreprise du même nom : à 17 ans, il a revendu son cheval pour se procurer le bateau qui l’amènera en Angleterre ; c’est comme infirmier qu’il débarquera le 6 juin), vont subir en Écosse, dans les Highlands, dans le cadre austère du château d’Achnacarry, un entraînement particulièrement sévère.

Pour le 14 juillet 1942, une compagnie défile dans les rues de Londres. Quelques semaines plus tard, c’est l’opération Jubilé, le raid sur Dieppe. En 1943, les “troops” sont au nombre de trois : la 1, la 8, et une troisième d’appui, constituée de mitrailleuses (les K-Guns). En février 1944, c’est le raid sur Wassenaar (Pays-Bas), au cours duquel le capitaine Trépel trouve la mort.

stele commando KiefferLe 6 juin, peu avant huit heures, ils sont les premiers à débarquer sur ce secteur à Sword, sur la plage de Colleville-Montgomery. Malgré des pertes sévères, en morts et surtout en blessés (Kieffer lui-même, qui poursuit néanmoins le combat) ils progressent rapidement sur la plage, s’emparent des blockhaus, d’une pièce d’artillerie, avant de s’enfoncer vers Riva-Bella dont ils prendront le casino, puis de s’avancer plus avant dans les terres. A 16 h 30, ils réalisent la jonction avec les troupes britanniques de la 6e Division aéroportée à Pégasus Bridge. Le soir, 25 % de l’effectif est hors de combat, et l’on déplore dix morts, dont deux officiers. Le 1er BFMC poursuivra la bataille de Normandie jusqu’au bout. C’est au lendemain de la libération de Paris, fin août, que le bataillon est renvoyé en Grande Bretagne pour être mis au repos et recomplété. Sur les 177 hommes débarqués le 6 juin, seuls 27 sont encore en état de se battre.
Depuis 1984, un monument élevé à Ouistreham commémore le souvenir du commando Kieffer.

Formés par les britanniques, les Fusiliers-Marins Commandos sont, aujourd’hui encore, la seule unité de l’armée française à porter leur béret (vert) à l’anglaise, c’est-à-dire en sens inverse : couché à droite, insigne à gauche.  Ils sont constitués en six commandos, dont trois portent le nom d’officiers du 1er BFMC : Trépel (voir ci-dessus) Hubert (le lieutenant Hubert fait partie des victimes de Ouistreham dès le 6 au matin), et depuis 2008, Kieffer.

Après avoir été conseiller général et député, Philippe Kieffer s’est éteint en 1962 dans sa maison de Cormeilles-en-Parisis, non sans avoir eu le temps de servir de conseiller au film “Le jour le plus long” (voir ci-après). Il est inhumé à Grandcamps-Maisy (Calvados) où, depuis 2004, une stèle rappelle le souvenir de ses hommes.

Le jour le plus long

Le film fait une place notable aux hommes du commando Kieffer. Une fois n’est pas coutume : si les personnages campés par Georges Wilson et Jean-Louis Barrault, qui incarnent respectivement le maire et le curé de Sainte-Mère-Eglise, n’appellent aucune remarque particulière, il y aurait beaucoup à dire sur la façon dont Hollywood en général, et Darryl Zanuck en particulier, percevaient les Français ; si l’on en prend pour preuve le personnage joué par Bourvil, qui, coiffé d’un casque de pompier, brave les balles et les obus une bouteille de Champagne à la main pour souhaiter la bienvenue aux libérateurs : hommage à l’éternelle tradition d’hospitalité française peut-être, mais curieuse conception de l’élu local malgré tout.

Cela dit, est-ce l’uniforme ? Toujours-est-il que ces Français-là ont le traitement qu’ils méritent.
On l’a dit plus haut, Philippe Kieffer lui-même figure parmi les (innombrables) conseillers techniques du film, la plupart étant eux-mêmes d’anciens protagonistes, souvent de premier plan. Son rôle est tenu par Christian Marquand, que l’on voit d’abord s’adresser à ses hommes lorsqu’il leur présente la maquette de l’assaut alors qu’ils sont encore à bord du bateau. Dans un plan furtif, on peut reconnaître un simple figurant qui s’illustrera par la suite :  Bernard Fresson.

On suit ensuite l’action du commando Kieffer, notamment lors de la prise du casino de Ouistreham, laquelle fut reconstituée à Port-en-Bessin, ce qui ne frappe pas à première vue, mais qu’il est possible de remarquer lorsque l’on connaît les lieux (on peut distinguer la tour Vauban).  Sauf que… le casino n’en était déjà plus un à ce moment, remplacé par un bunker. Pour ce qui concerne l’intervention des bonnes sœurs (avec à leur tête Madeleine Renaud), aucune source historique sérieuse ne vient corroborer le fait. Ainsi cette séquence est-elle sans doute une des plus approximatives du film. Mais l’essentiel n’est sans doute pas là…

La photographie du commando Kieffer entouré de ses hommes vient du site Internet Vive la Résistance et celle de la stèle vient du site du Musée de tradition des fusiliers marins et commandos.

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